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Lucrecia Martel : " M'éloigner d'une certaine vision romantique..."

Parce que son père, devant le spectacle de sa maison, pleine d'enfants et d'animaux, a acheté une caméra vidéo, la jeune Argentine se met à filmer, filmer... Vingt ans plus tard La Cienaga se nourrit de ces expériences de jeunesse dans la montagne subtropicale...

 

"En 1983, nous vivions dans une petite ville de la région montagneuse subtropicale du Nord Argentin, raconte Lucrecia Martel. Nous étions sept enfants et il y avait toujours des animaux à la maison. Je crois que c'est ce spectacle et ses multiples acteurs qui ont décidé mon père à acheter, cette année-la, une caméra vidéo fort chère. Dès que je pus l'utiliser, je commençai à filmer systématiquement mes frères et sœurs, mes parents et mes grands-parents.

Je plantais la caméra dans la cuisine, où il y avait toujours du monde. Dîners, déjeuners, disputes, la préparation des repas, ma mère au téléphone, le retour de mon père de la chasse au pigeon, mes sœurs se préparant pour aller danser.

La trame délicate de ces faits sans importance, enregistrés pendant des heures sans aucun effet, finit par me captiver. Des années plus tard, lorsque j'entrepris l'écriture de La Ciénaga, ces enregistrements familiaux me furent très utiles."

Entretemps Lucrecia Martel a fait des études en communication et sciences de l'information à Buenos Aires, continuant à filmer à tout va. En émergent quelques courts métrages dont Rey Muerto. Puis elle réalise des documentaires et un programme pour enfants remarqué à la télévision argentine pour son humour noir. En 2001, elle présente La Ciénaga.

"Les ciénagas sont des plaines marécageuses, explique-t-elle. Rien n'y survit, ni les grands animaux, ni les quelques arbres blanchâtres et nus comme des squelettes. Mais ceux qui se sont risqués à remuer la surface d'une ciénaga avec un bâton ont certainement senti la chaleur qui s'en dégage. Et, si l'on s'approche suffisamment, on peut distinguer l'importante vermine qui y fourmille.

Je voulais éviter toute vision accueillante de la nature. Je souhaitais m'éloigner d'une certaine vision romantique des zones semi-rurales qui suppose que la proximité de la nature apporte l'harmonie, sans tenir compte du fait que ce lien s'est rompu depuis longtemps".

Le film sera primé à Berlin et au festival de Sundance. En 2004, La Nina Santa sera en compétition au 57e festival de Cannes.