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"Tabou", le troisième film de Miguel Gomes est une splendeur

VIDEO | 2012, 10' | Réalisateur de deux films inclassables, La Gueule que tu mérites et Ce cher mois d'août, Miguel Gomes signe avec Tabou, son troisième film, un véritable chef-d'oeuvre. Une aventure qui commence dans la splendeur originelle du cinéma (le muet, le noir et blanc, la magie d'une image onirique qui semble venue de l'inconscient) et se poursuit dans la modernité d'un art qui continue d'émerveiller par la simple utilisation singulière de ses outils (la voix off, le plan fixe, la juxtaposition des récits). Ce pourrait être un film hollywoodien ("J'avais une ferme en Afrique..." raconte l'héroïne, fausse Meryl Streep portugaise), c'est une farce sérieuse. Une invitation au voyage où les fantômes du passé s'éclairent aux lueurs de la modernité.

Le cinéaste était venu présenter son film à Paris, lors du Festival "Un Etat du monde, un état du cinéma" au Forum des images.

" C'est un film sur le passage du temps, sur les choses qui disparaissent et qui peuvent seulement exister au travers des souvenirs, de la féerie, de l’imagerie ‐ ou du cinéma, qui convoque et rassemble tout cela en même temps.

Il y a une très grande ellipse dans le film, nous retournons cinquante ans en arrière. Nous passons de la vieillesse à la jeunesse, de l’époque de la « gueule de bois » et de la culpabilité au temps de l’excès, d’une société post‐coloniale à l’époque même du colonialisme.

C’est un film à propos de choses qui ont disparues : une personne qui meurt, une société qui n’est plus, une époque qui ne peut exister que dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue. Nous avons aussi voulu relier cela à un cinéma qui s’est éteint.

Nous avons choisi de tourner le film en noir et blanc, également en voie de disparition ‐ 35 mm pour la partie contemporaine, 16 mm pour la partie africaine. Il m’a parfois été demandé pourquoi la première partie du film n’est pas en couleur, selon la convention (quelque peu absurde) qui voudrait que le passé soit en noir et blanc et le présent en couleur. Si la seconde partie du film correspond à ce que l’on appelle conventionnellement « un film d’époque », je ne suis pas sûr que la première partie ne tienne pas autant du « film d’époque ».

Miguel Gomes

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