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Trois femmes au-delà du périph...

Peintre, graffeuse, romancière, Nora Hamdi a adapté son roman Des poupées et des anges pour en faire son premier long métrage de réalisatrice. Elle explique comment avec leur rage, en contrepoint de leur mère, deux soeurs vont faire prendre conscience à leur père "qu’il a perdu le mode d’emploi pour les aimer"...

J’ai écrit mon premier roman « Des poupées et des anges » en janvier 2004. En l’écrivant, je souhaitais mettre en images deux héroïnes, deux soeurs françaises d’origines maghrébines vivant derrière la périphérie. Venant moi-même de la banlieue, connaissant la problématique d’être issue de banlieue et d’une certaine image donnée, c’est dans ce sens que j’ai eu envie d’écrire.

Montrer des gens qu’on n’avait pas l’habitude de voir, les montrer à travers des personnages humains sans complaisance. Dans le scénario, j’aborde des rapports entre les relations père/fille, entre tradition et modernité. Je montre l’éducation sentimentale avec ses codes, lorsqu’on est issu d’une cité de banlieue avec certaines idées reçues et vivre les premières expériences amoureuses à l’adolescence.

Pour le scénario, j’ai recentré les personnages des deux sœurs ; la trame de l’histoire se déroule en quelques mois. Le père et la mère sont  nés en France, ils sont de la deuxième génération. Dans la famille, il y a trois sœurs : Chirine, bientôt 18 ans, Lya bientôt 17 ans et Inès, 7 ans.

Sans jugement, je montre deux sœurs adolescentes aux styles opposés sous le regard de la dernière. J’ai choisi de traiter les deux sœurs adolescentes, aux genres opposés, de façon humaine avec tout ce que cela compose. Elles s’observent dans leurs différences. Pour récupérer le regard rompu du père, Chirine se sert de sa beauté pour être regardée par le monde, et particulièrement celui de la mode, des paillettes.

Pour rompre avec le regard du père, Lya rappelle sa violence avec son genre garçon manqué et le sport de combat qu’il lui a interdit comme par mauvaise conscience. C’est pourtant avec leurs différences que les deux soeurs vont prendre conscience de ce qu’elles sont. Elles sont opposées mais complémentaires. Sans Chirine, Lya n’existe pas et sans Lya, Chirine n’existe pas. Les deux sœurs, de part leurs rages, vont faire prendre conscience au père  qu’il a perdu le mode d’emploi pour les aimer.

En accentuant sa beauté, Chirine rappelle au père pourquoi il l’a rejetée à ses 14 ans, lorsqu’elle a hérité de ce corps de femme trop désirable. Lya, de part le sport de combat qu’il lui a interdit, lui rappelle sa violence et lui montre une femme qui sait se défendre à l’inverse de sa mère, battue par son mari depuis qu’il a rejeté Chirine.

Malgré tout, comme un pilier, c’est la mère qui tient les liens familiaux. Prisonnier  dans des idées moyenâgeuses revenues d’actualité, à travers un accident qui lui rappellera son impuissance, le père va se battre pour se rappeler qu’il était un homme moderne il y a des années, va se battre pour comprendre comment il est arrivé a autant de destruction avec les siens et va tenter de recoller les liens cassés.

Par Chirine et Lya, je vais montrer deux univers, celui de la banlieue et celui de Paris. Lya reste en cité en banlieue. Chirine quitte régulièrement sa banlieue pour Paris, elle traîne dans les quartiers chics. Elle va rencontrer Alex, un jeune gars qui prétend être agent de mannequin.

À travers Chirine, je montre l’envers du décor, je montre que ce n’est pas toujours là où on croit qu’il se passe les pires choses. Chirine est une gamine tenue par l’illusion d’un monde de paillettes où seul l’argent compte.  En contre champs, je montre Lya, insensible à l’argent, tentant de mettre une vérité dans un monde déjà faussé. Je souhaite montrer naturellement les rapports entre les hommes et les femmes.

Montrer des hommes se débattant avec leurs passés, leurs côtés sombres et lumineux. Montrer des femmes avec leurs parts d’ombres, rattraper par l’optimisme les faisant avancer avec leurs passés. Montrer femmes et hommes, ensemble, tentant de survivre dans ces rapports ancrés dans leur réalité qu’est la violence, la trahison, la soumission, le silence, la réputation, l’argent, la pauvreté, la dureté d’un environnement ou la difficulté se joue au quotidien.

Ainsi, j’ai choisi un univers d’adolescentes pour donner de l’espoir, un nouveau regard sur l’avenir, se battre pour que les choses deviennent possibles, accessibles, aborder malgré cet environnement, une réconciliation, entre père et fille, hommes et femmes, parents, et les premiers amours d’adolescences. C’est dans ces perceptives que j’ai fait ce film. Comme un conte moderne, avec un univers sans jugement moral sur ce qui est bien pour certains et mal pour d’autres. Montrer les différences avec humanité, tolérance, donner une réflexion sur ce qui compose notre société.

Nora Hamdi