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Christian Petzold : " Le capitalisme désenchante le monde."

Introduction

Le jeune cinéaste allemand revient sur deux films qui, en France, sont sortis simultanément : "Yella" et "Jerichow"...

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Dans vos films récents, dans Yella et Jerichow en particulier,  vous décrivez les relations amoureuses contaminées par les angoisses existentielles et déterminées par le rapport à l’argent …Christian Petzold : Plus une société est capitaliste, plus elle est fermée et se protège... Les enfants d’ouvriers ont beaucoup moins de possibilités aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Plus une société se protège et ne laisse rien passer, plus l’idéologie la plus romantique, c’est-à-dire penser que tout est possible même sans argent, prolifère et s’incarne dans le cinéma et dans la musique. C’est contre ce ‘romantisme’, contre  cette idéologie que la Laura (Nina Hoss) de Jerichow  travaille. Elle sait qu’elle doit se vendre. Elle sait aussi qu’elle doit maintenir son prix  le plus élevé possible. Et que c’est à cette condition seulement qu’elle pourra se créer un petit espace de liberté.Vous êtes un des rares réalisateurs à formuler une critique du capitalisme dans vos films…Oui, c’est vrai. En même temps je suis fasciné par les choses et les conditions que je critique. Quand Marx parle de l’esthétique de la marchandise, il n’oublie pas d’évoquer en quelques phrases jusqu’à quel point tout cela le fascine aussi… Dans Yella, c’était cette nouvelle catégorie d’hommes au service du néolibéralisme des banques et de la finance qui me fascinaient, car ils représentent aussi une nouvelle forme de solitude. Pour Jerichow, ce n’était pas autrement. Je suis médusé par un Turc qui réussit à créer quarante-cinq restaurants de fast food, fasciné par sa capacité d’imiter les patrons allemands dans leur façon de travailler, surtout dans le quotidien et de créer une infrastructure. D’un autre côté, subsistent en lui des restes d’une nostalgie liée au mal du pays. Nostalgie d’un monde où existe encore le merveilleux, car le capitalisme désenchante le monde. Ainsi les gens croient pouvoir rétablir par magie, artificiellement, ce que le capitalisme leur a pris. Ils accumulent alors autant d’argent qu’il faut pour réaliser ce désir. Et ça ne marche pas. Et ils ne veulent pas l’admettre. J’aime les gens qui ne veulent pas admettre les choses.D’une certaine manière, vous êtes le plus "matérialiste" des cinéastes allemands. Expliquez-nous pourquoi, dans vos films, ce sont surtout les  femmes qui incarnent ce matérialisme…Les gens qui "sont quelque chose ne m’intéressent pas, ce sont les gens qui sont en devenir qui m’intéressent. Une femme "matérialiste" ne m’intéresse pas, mais celle qui essaie de le devenir, oui. Un macho non plus, mais celui qui s’applique pour en devenir un, oui, car c’est un travail. Le cinéma ne peut montrer que ce travail, ce travail sur soi-même. Il ne peut pas accoucher de produits finis, ce serait la caricature. Je ne suis pas un matérialiste, je suis quelqu’un qui observe le matérialiste au travail. Vous créez cette notion inédite de Heimat-Building, qu’entendez-vous par là ?Ce sont des mots qui ne vont pas ensemble : Heimat est quelque chose de très profond et Building est une construction, quelque chose de réalisable avec un mode d’emploi. C’est ce que je veux dire quand je parle de capitalisme désenchanté. Ceux qui ont besoin d’une Heimat, veulent la créer. Ceux qui en ont une, n’en parlent pas. Dans Jerichow, les gens la croient perdue. Et veulent la retrouver. Ainsi, un Turc achète une clairière dans la forêt, construit une maison et crée une entreprise. Peut-être c’est l’envie d’une "prise de terre", une façon de s’enraciner. Ils veulent reconstruire ce qui a été perdu. Leur enracinement n’est qu’une apparence de prise sur le réel. Je pense que tout un chacun en Allemagne comprend cette contradiction. Mais personne ne sait la formuler. On leur dit, il faut fonder une famille, maintenant que l’État ne peut plus faire grand chose pour vous. Que voudriez-vous donner à l’État, qu’est-ce que l’État vous donne ? D’un côté, il faut que les gens soient flexibles/mobiles de façon à pouvoir déménager sans arrêt si le travail l’exige, donc courir après le travail en se déplaçant. D’un côté donc la flexibilité/disponibilité, de l’autre un ancrage. Cette contradiction, qui pourra la supporter ? Ce sont ces thèmes qui parcourent le film sans être nommés.Comment réussissez-vous à imposer des plages musicales aussi économes, c’est un plaisir de découvrir votre bande son à l’opposé de toutes ces musiques qui illustrent tout en permanence…Je suis entouré de gens qui aiment ce que je fais, je ne suis même pas obligé de lutter pour imposer mes musiques. Je me souviens d’un film de Godard où l’on entend un quatuor de Beethoven, la caméra quitte les protagonistes et arrive dans un garage où le quatuor est en train de répéter. C’est peut-être un peu extrême, mais ça correspond à ce que je voudrais faire. J’adore utiliser la musique à contre-temps, à l’opposé des habitudes. On entend pour la première fois une musique dans Jerichow quand Benno Fürmann court avec André Hennicke vers la petite cabane dans l’arbre. Quand on emploie de la musique, toute une machine d’associations se met en branle. Les sentiments s’en mêlent, pas seulement un sentiment, non, plusieurs, qui se recouvrent les uns les autres. Là, il y a quelqu’un qui dit adieu à l’enfance, à l’innocence, ce qui est aussi une partie de l’histoire. Dans cette situation, la musique est riche de tout cela, parce qu’elle souligne quelque chose qui était déjà là.Propos recueillis par Heike Hurst à Venise, 5 septembre 2008 (Jeune Cinéma)

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  • elPoto au sujet de : 4 mois, 3 semaines et 2 jours

      5/10

    Oui, c est fort, et fort bien filmé, mais c est tellement sombre qu au final on ne voit pas bien l intérêt.