Catherine Deneuve : "Rechercher le plaisir..."
Introduction
« Une rencontre de la maturité », dit-elle à propos de son travail avec le réalisateur Philippe Garrel dans "Le Vent de la nuit"... Elle qui attache beaucoup d'importance à ces hasards, c'est dans la rue qu'ils se sont rencontrés. Normal, ils habitent la même...
Article
Vous retrouver dans un film de Philippe Garrel, qui a toujours fait un cinéma très personnel, proche de l'underground, ça paraît incroyable...
Catherine Deneuve: Je comprends ce que vous voulez dire, mais je crois-que ça paraît incroyable quand on ne me connaît pas. Pour mes intimes, c'est déjà moins étonnant. Et j'imagine que, si on regarde en arrière dans mes films, on peut déceler de nombreuses pistes qui mènent jusqu'à ce film-là. Après... je ne cherche pas trop à analyser. Je suis quelqu'un de plutôt intuitif.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?Dans la rue ! On habite la même rue. Il vit beaucoup dans son quartier, moi aussi. On se croisait de temps en temps. Il est timide, moi aussi. On a fini par se parler. J'ai dû lui dire que j'avais beaucoup aimé un de ses films, J'entends plus la Guitare. Il a dû évoquer l'’idée de travailler ensemble. Ça a duré quand même deux ans... Il a eu le temps de faire unautre film.
Ça vous a éloignés ?Non. C'est pas ça... Mais il avait suggéré que je puisse participer moi aussi au scénario. Ça, ça m'a fait un peu peur. Enfin... ce n'était pas vraiment de la peur... Je n'ai pas eu envie de m'engager. Pas comme ça. Je me sens avant tout comme instrument. Ce que je cherche, c'est interpréter un rôle et m'éloigner de ce que je suis vraiment, pas le contraire. Notre désir de travailler ensemble ne s'est pas éteint pour autant, mais il est resté en suspens. Et puis un jour, on s'est encore croisés par hasard. Il m'a parlé, assez brusquement, du scénario qu'il était en train d'écrire. Il voulait savoir s'il pouvait me le faire lire, en me disant qu'ensuite il pourrait le retravailler dans l'idée que ce serait moi le personnage féminin. A partir de là, ça a été assez vite.
Vous attachez de l'importance à ces hasards ?Beaucoup. Je crois qu'il n'y a rien de fortuit dans certaines rencontres. Je pense qu'avec Philippe Garrel, c'est une rencontre de maturité.
Vous aimiez déjà ses films ?Ah oui ! Certains ne m'accrochaient pas entièrement, mais j'y ai toujours trouvé des instants magnifiques. Par ailleurs, je me souviens avoir gardé un souvenir très troublé d'un article où Garrel évoquait le film de François Dupeyron que j'ai tourné avec Depardieu, Drôle d'endroit pour une rencontre. Il disait, mais avec simplicité, sans méchanceté, que, pour lui, un film comme ça, qui se voulait réaliste, où le personnage principal est Gérard Depardieu et une femme perdue sur l’autoroute est Catherine Deneuve : c'était impossible d'y croire ! Ça m'avait vraiment marquée. Je lui répétais : « Voilà, pour lui, il y a quelque chose qu'on n'a pas réussi, c'est de faire oublier Deneuve et Depardieu dans ces personnages à la fois étranges et quotidiens. Alors, je crois que j'avais cette envie de lui prouver que rien n' était incompatible.
Justement : je ne crois pas vous avoir vue aussi « vraie » que dans ce film de Garrel. C'est une impression... de proximité ?Oui. Comme s'il n'y avait plus de jeu. C'est d'ailleurs ce qu'on ressent dans tous les films de Garrel. Le jeu s'efface. Absolument. Moi, j'ai l'impression qu'il y a déjà ça, peut-être par bribes, dans les films d'André Téchiné, par exemple. Vous savez, Garrel, c'est quelqu'un de très à part, d'une grande pureté, d'une grande pudeur. Il tourne d'une façon assez particulière. Il part de l'idée qu'on va répéter et tourner très peu. Concrètement, ça veut dire : à chaque fois, une seule prise.
Vous étiez d'accord d'emblée ?Ah oui ! Tout à fait d'accord ! La seule exception permise étant un gros pépin technique.
Vous n'avez jamais demandé une autre prise ?Non, et il m'est même arrivé une ou deux fois de l'en empêcher. Je lui répondais : « Ah ben non, Philippe, on avait dit que s'il n'y avait pas de problèmes on ne la refaisait pas ! »
Vous aviez déjà tourné comme ça ?Mais personne ne tourne comme ça! C'est unique. Ça lui appartient. Je crois qu'ici il ne l’a fait que pour les scènes avec moi, pas avec les garçons et les scènes de voiture. Attention, il n'y avait pas d'improvisation. Tout était très écrit. Mais le fait de savoir à l'avance quand le réalisateur dit « Moteur ! ", qu'il n'y aura pas de deuxième chance, que ça sera là, maintenant et plus après, ça crée une urgence du moment. Une vérité de l'instant. Il y a un frisson. Comme du direct. C'est une impression impossible à décrire. Un vertige.
Un plaisir, aussi ?Sûrement. Le mot plaisir compte beaucoup pour moi, dans la vie. Parce que de toutes façons, je souffre. De plein de choses. Je suis très exigeante, très difficile, très critique, donc je fais aussi souffrir les autres. Alors, rechercher le plaisir est très important.
Il n'y a pas aussi un goût du défi à tourner avec des réalisateurs aussi atypiques que Raoul Ruiz, Manoel de Oliveira, Philippe Garrel ?Plutôt l'envie d'expériences nouvelles. J'ai toujours été poussée par la curiosité. Tourner avec Polanski, à l'époque de Répulsion, c'était pas évident. Avec Marco Ferreri non plus. On a d'abord tourné Liza, puis il a fait scandale avec La Grande bouffe et j'ai encore tourné pour lui Touche pas à la femme blanche. Ce n'étaient pas franchement des films "évidents"... Aujourd'hui, ça fait sans doute trop longtemps que je fais des films. Cette curiosité est encore plus aigüe. Je crois que je ne peux plus supporter l'idée de faire quelque chose que j'ai déjà fait. J'ai besoin de ne pas dire ce que j'ai déjà dit ailleurs, besoin de ne pas refaire le même film. J'aurais l'impression d'être aussi stéréotypée qu'on voudrait que je sois.
Par ailleurs, vous contrôlez quand même votre image ...Non. Pas comme vous le pensez. Je donne mon avis sur un choix de photos, par exemple, mais au départ, c'est le photographe qui travaille et je ne peux rien sur son regard. Je suis très fataliste. Les êtres sont multiples, et les acteurs, en plus, sont surexposés. Je laisse les gens se focaliser sur certains angles de ma personnalité. Parce que je pense que si ça se passe comme ça, il doit y avoir des raisons. Je dois même y contribuer. Alors j'accepte ça. Mais je ne cherche surtout pas à tout contrôler. Vous savez, j'aime bien que les choses m'échappent. Ça me pousse à découvrir parfois que je suis plus forte que je ne crois.
Propos recueillis par Philippe Piazzo










elPoto au sujet de : L'Art de séduire
Personnages caricaturaux, acteurs assez moyens, métier de psy ridiculisé, style bobo-branchouille : aucun intérêt.