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Erick Zonca : "Je voulais mettre un grand coup de poing dans la télévision"

Introduction

"Moi qui ai des “relations” dans le bâtiment, j’en ai entendu des histoires de corruption, de détournement d’argent public. Le monde politique est complètement discrédité aujourd’hui" dit le réalisateur pour expliquer comment avec "Le Petit voleur", il voulait faire un film dur, sombre. Et filmer l'illusion sous l'utopie.

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Quelle a été votre réaction lorsqu’ARTE vous a proposé de réaliser un film sur les notions de politique et de social ?J’ai sauté de joie ; pour moi, ça représentait une véritable aubaine. A l’époque, La Vie rêvée des anges n’était pas encore sorti en salles : c’était un peu comme si on pariait sur moi et ça me donnait l’occasion de m’exprimer. J’ai préféré aborder le thème du politique de façon oblique : je ne me suis pas assis à une table, à plancher sur le sujet. Non, c’est d’ailleurs la grande qualité des collections initiées par Pierre Chevalier ; le but n’est pas de traiter coûte que coûte le thème proposé, mais plutôt de l’intégrer à son propre univers. J’avais une histoire en tête : celle d’un petit ouvrier qui refuse le monde du travail et se jette dans la délinquance. Le lien au politique est clair : c’est celui du ras-le-bol, de l’écoeurement. Moi qui ai des “relations” dans le bâtiment, j’en ai entendu des histoires de corruption, de détournement d’argent public. Le monde politique est complètement discrédité aujourd’hui. Trop d’hommes qui se devraient d’être irréprochables profitent de leurs fonctions pour s’enrichir. Pas étonnant que ceux qui n’ont rien se sentent alors autorisés au pire. Je vais vous raconter une anecdote du tournage : j’ai filmé une scène dans un bistrot à Marseille, avec des gens du cru. C’était un passage obligé, exigé par Arte, où il fallait illustrer un débat politique. Le dialogue était préécrit. Mais les esprits se sont échauffés, le ton est monté, ça a fini en une superbe improvisation. Les nerfs sont à vif. Mon film est cynique : il parle de l’abandon du politique.

Vous décrivez en effet le processus même par lequel l’individu se met hors de la société, hors du politique : la marginalisation.Pour beaucoup de jeunes au bas de l’échelle, la société est avare, elle propose trop peu. Alors, ils se réfugient dans le fantasme : un rêve de force, qui est en même temps un rêve de liberté. Esse est comme eux : il cultive tous les signes de la force. Il boxe, il vole, il apprend à trahir ses copains. Il se forge une véritable éthique de la violence. Mais, comme beaucoup d’autres, il se laisse dépasser par la complexité de cette violence. Il finit par paniquer. Cela aussi cela m’intéressait de le filmer : la défaillance du super caïd, la faiblesse cachée sous la force, l’illusion sous l’utopie.

La violence se passe de mots. Peu de dialogues dans votre film. Pourquoi un tel laconisme ?Je ne voulais pas faire un film psychologique. Je voulais faire un film dur, sombre, et mettre un grand coup de poing dans la télévision. J’avoue que, hormis Arte justement, je n’apprécie pas beaucoup les téléfilms : je les trouve fades, bavards et consensuels. Il se trouve aussi que de nombreux films ont été tournés récemment pour le cinéma sur la violence: je pense à La Haine, État des lieux, Ma 6-T va crack-er. Ce sont de bons films mais tous passent énormément par le langage. Je voulais m’y prendre autrement. En procédant par des paliers de violence, par afflux successifs d’adrénaline.

D’où la caméra très mobile que vous adoptez ?C’est filmé très nerveux, caméra à l’épaule. Cela permet d’être plus près de la vie, d’être là quand les choses se passent, de capturer les expressions. J’admire beaucoup Breaking the Waves de Lars von Trier, Festen de Thomas Vinterberg : ils ont ouvert la voie à un nouveau cinéma. En France, c’est Chéreau, dans Ceux qui m’aiment prendront le train, qui a repris avec brio cette manière de filmer. Mais il faut faire attention à ne pas trop l’utiliser, on pourrait vite en venir à bout. Je crois que ma caméra n’est pas seulement présente, elle est violente. Il y a une scène très dure dans le film, à la limite de l’insoutenable. C’était très important pour moi que tout se passe en un seul plan, que le spectateur ne se dise pas “ Ah, voilà, il y a trucage ”. J’aime choquer, j’aime l’image qui saisit. C’est pour ça aussi que j’ai engagé comme acteurs des boxeurs, que je suis allé tourner à Marseille, une ville chaude, une ville à l'énergie solaire et sèche.

A la fin du film, Esse retourne à la case départ. A-t-il appris quelque chose ?Non, ce serait trop simple. Il y a toujours quelque chose de rassurant dans les oeuvres de fiction : elles racontent l’existence de gens qui vont d’un point A à un point B. Il faut, comme on dit souvent, que les personnages progressent. Mais ce n’est pas du tout la manière dont ça se passe dans la vie. Dans la vie, on perd son temps, on fait des détours, on peut rester longtemps dans des impasses. Esse n’apprend rien. Il a présumé de ses forces : il se fait juste écraser. Il a, peut-être, un peu gagné en humilité. Je laisse volontairement planer une sorte de suspense à la fin du film : Esse reste muet, il ne répond pas au syndicaliste qui lui propose de s’engager comme militant. Je filme un monde sans idéaux, un monde de flottement.

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.