Siddiq Barmak : "Osama, un prénom qui charrie la terreur"
Introduction
Lui qui avait fui l'Afghanistan tombé sous la coupe des talibans est revenu vivre à Kaboul. Auteur de documentaires tournés aux côtés du commandant Massoud, il explique comment à partir d'un fait réel, de témoignages recueillis ici et là, et d'acteurs non professionnels, il a tissé cette histoire dont le personnage principal est la peur.
Article
L'idée d'Osama vous est venue d'une histoire vraie : celle d'une petite fille qui s'était déguisée en garçon, sous le régime des talibans, pour pouvoir aller à l'école...Siddiq Barmak : J’ai lu cette histoire dans un journal après avoir fui mon pays, l’Afghanistan, tombé sous la coupe des talibans. Au départ, je voulais en faire un court-métrage : le destin d’une toute jeune fille qui se transforme en garçon pour pouvoir travailler et nourrir les femmes de sa famille. Et puis, au fur et à mesure, je récoltais des histoires qui venaient enrichir ce qui est devenu mon premier long-métrage. Celles que me racontaient les réfugiés qui arrivaient, comme moi, au Pakistan, celles qui peuplaient les lettres de mes amis restés au pays. La scène du hammam où un mollah enseigne aux petits garçons le rituel des ablutions me vient d’un proche qui travaillait à la radio, contrôlée à l’époque par les talibans. Il me disait que chaque jour, pendant trois heures, ils arrêtaient tous de travailler pour qu’un taliban leur montre comment se laver le sexe en cas de pensée impure !
Comment avez-vous trouvé votre héroïne ?Un film qui raconte la réalité se devait de mettre en scène des acteurs non-professionnels. Quand j’ai rencontré Marina, qui joue le premier rôle, elle mendiait dans la rue. Marina Golbahari est née en 1991 dans la province de Parwan, au Nord de Kaboul. Son père est resté gravement estropié après avoir été battu par les talibans. J'ai été immédiatement fascinée par son regard. Quand je lui ai demandé si elle voulait jouer dans un film, elle n'a pas su de quoi je parlais. Les termes "film" et "télévision" lui étaient totalement étrangers." Depuis, elle a tourné deux autres films. Avec le réalisateur iranien Moshen Makhmalbaf, qui m’a soutenu tout au long de la réalisation, nous lui avons acheté une maison.
Le titre de votre film, Osama, résonne comme le prénom de Ben Laden…« Osama » (le plus souvent traduit par Oussama, ndlr), c’est le prénom qui est donné à la petite fille pour tenter d’impressionner les autres enfants qui doutent de sa virilité. Derrière la peur, qui est au cœur du film, il y a toujours eu Oussama Ben Laden. C’est un prénom qui charrie la terreur et qui cristallise les souffrances des Afghans. Les autres personnages n’ont pas de nom parce qu’ils n’ont pas d’identité. Ils l’ont perdue sous le régime des talibans. Car ces derniers poursuivaient un but bien précis : couper le peuple de ses racines. Et cela a fonctionné : les gens étaient tout entiers happés par l’angoisse.
Dans quel état avez-vous retrouvé ces hommes et ces femmes quand vous êtes revenu vivre à Kaboul ?Les gens avaient perdu tout espoir. Ils n’avaient plus foi en rien, et j’avais parfois l’impression qu’ils pensaient que mourir était une façon de vivre. Les femmes, les hommes, les vieux, les jeunes mouraient de dépression. Devant tout cela, je ne pouvais m’empêcher de penser : « Quelle honte pour l’humanité toute entière de ne pas avoir pris conscience plus tôt de cette souffrance ! »
Le cinéma peut-il aujourd’hui être vecteur d’espoir en Afghanistan?Dans un pays où 80% de la population est illettrée, l’image a, bien sûr, un rôle à jouer. Jusqu’à aujourd’hui, le cinéma a été mis à mal par les désordres politiques, ce qui explique que le pays n’ait produit qu’une quarantaine de films. De nombreux films ont été détruits par les talibans et notamment plusieurs documentaires que j’avais réalisés aux côtés du commandant Massoud, entre 1988 et 1999. Osama est le premier film tourné en Afghanistan après les talibans. Mais aujourd’hui, le cinéma peut permettre l’émergence de pensées nouvelles et la reconstruction des individus. Comme il a permis, après la Seconde guerre mondiale, d’offrir un peu d’espoir à ceux qui avaient traversé l’horreur. Et puis, les Afghans aiment passionnément le cinéma. Deux jours après le départ des talibans, ils ont fait rouvrir les cinémas et se sont rués dans les salles…
Propos recueillis par Marjolaine Jarry
> Osama a obtenu de nombreuses récompenses dont une mention spéciale du jury de la Caméra d'or au Festival de Cannes 2003 et le Golden Globe du meilleur film étranger en 2004.









elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées
Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.