" Le film n'incite jamais à la violence : la « haine » passe d'abord par les mots, et si elle se matérialise, c'est à la suite d'un engrenage de circonstances malheureuses, où la bêtise et la peur le disputent à la colère. Kassovitz n'est pas un documentariste, mais un cinéaste maîtrisant son art. Le style, noir et blanc coup de poing et caméra à l'épaule, soigne les effets de surprise et les ruptures de ton. L'odyssée de ses trois zozos prend la forme d'une balade picaresque. C'est presque une suite de sketchs, écrits au scalpel, où le rire surgit des trouvailles langagières."
Aurélien Ferenczi, Télérama
" On craint le parlé branché genre verlan, pittoresque rap et mots d'auteur, langue de synthèse vitrifiée sociologiquement par et pour le cinéma... Et puis non, pas du tout : cette langue est dans l'époque, jusqu'à prendre le risque de vieillir très vite, et elle fait en même temps des propositions au cinéma français, comme Pagnol en son temps, ou plus tard, Rozier et Pialat.
Ici, peu d'improvisation, mais tout de même, à l'intérieur d'une structure très écrite, un sens de l'instantané, du raccourci, du mot-image, une manière de faire rouler les mots, de faire exister le dialogue par la diction et les gestes des acteurs, tous formidables, qui donnent à
La Haine un humour souvent ravageur."
Thierry Jousse, Cahiers du Cinéma
"Dans
La Haine et dans
Métisse (le premier long métrage de Kassovitz, 1993), on retrouve une scène identique et tendrement rituelle : un petit fils apporte à sa grand-mère des poivrons rouges au lieu des jaunes qu'elle avait réclamés.
Chez Kassovitz, la famille est une garantie contre le chaos.
Qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, Hubert, Saïd et Vinz, les trois héros de
La Haine, veillent avec un soin chevaleresque sur leur petite soeur. On comprend alors la signification des injures qui fleurissent dans le film sous forme de graffitis ou d'apostrophes (« Ta mère, elle suce des ours »... ).
Loin d'attenter aux liens du sang, elles les consacrent, elles sont un rappel impérieux et carnavalesque à l'honneur d'une maison, au respect de soi et des siens."
Fabrice Pliskin, Le Nouvel Observateur
" Grâce à cette langue, Kassovitz fait de ce furieux torrent syntaxique un film au bout du compte musicien. Effet encore accusé par un noir et blanc bien vu, qui nous rapproche du sujet (aspect de réel documentaire), autant qu'il nous offre la bonne distance où le maintenir (c'est un film, une vision, une oeuvre) et qui permet au réalisateur de couler sa violence dans une harmonie de ton et de cap : la sève reste furieuse mais le cinéma pacifié (...)
là où un style américain ne se serait pas privé de spectaculariser la violence, Kassovitz développe au contraire une mise en scène certes speed mais au fond très sobre, qui laisse clairement deviner qu'il s'est à chaque fois posé, avec une honnêteté palpable, la question hautement morale de savoir où placer sa caméra (...)
La Haine est un film réellement grave et c'est plutôt par la peau du cou que par la main que Kassovitz nous saisit, comme si c'était la seule manière de regarder la merdre en face. Et la merde, elle est bien là où il nous la montre (...) Seuls les imbéciles, les malveillants accuseront Kassovitz de répandre de l'huile sur le feu. Il y a au contraire autant d'émotion que de rage dans son film, c'est à dire beaucoup. Et si l'on s'attache à ce qui est montré, dit, fait, vécu, il est même possible de trembler d'émotion jusqu'à l'os. C'est là l'essentiel,
La Haine n'est pas haineux : loin d'être seulement un bon film, c'est surtout un film bon. "
Olivier Séguret, Libération