Le Jardin qui bascule

Réalisation

France - 1974 - 1h20min - Drame - Passion 

Pitch

Une nuit de 14 juillet, un patron de bistrot est abattu. L'assassin est un jeune homme de 25 ans : Karl. Il a tiré sans plaisir, sans désir particulier ; simplement pour exécuter un contrat. Le lendemain, il est chargé d'une nouvelle mission. Assisté de Roland, un nouveau venu, Karl s'introduit alors dans une grande villa où il doit abattre Kate. Mais il succombe à son charme...

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  • : Couleur
  • : Long metrage
  • : Français

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  • Guy Gilles : Autopsie d'une passion

    En 1975, Jean-Claude Guiguet, pas encore devenu le cinéaste des Belles manières et Faubourg Saint-Martin, s'entretenait avec Guy Gilles pour la sortie du Jardin qui bascule. Il s'exprime sur ce qui compose son cinéma,...

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Ils en parlent

  • Le Nouvel Observateur

    Le Nouvel Observateur

    " Quelqu'un rêve qu'il court dans le jardin. Va-t-il atteindre le bout du jardin ? Le jardin bascule, ramenant le coureur à son point de départ, c'est-à-dire à zéro. Tout est à recommencer ; à chaque fois basculant, le jardin devient inaccessible.

    Allégorie jolie. Guy Gilles l'anime avec la sensibilité qui lui est propre : toute en émotions rapides, éblouissements prompts, révélations aussitôt évanouies qu'aperçues, dont les images, sensibles et que le montage rend vives, savent traduire la fugacité fragile.

    Pareille virtuosité n'est pas gratuite. Guy Gilles en fait le signe de la précarité universelle. De la vulnérabilité de tout, choses et gens, devant le Temps. Le Temps charrie tout. Et vite. Cette idée, Guy Gilles l'illustre par deux thèmes poursuivis avec habileté d'un bout du film à l'autre ; celui du fleuve, l'eau qui passe (la riche villa, principal théâtre de l'action, se situe au bord de la Seine) ; celui des fleurs, " denrée " périssable par excellence.

    Tout coule, tout se fane. Certitude mélancolique qui dramatise le bonheur, le plaisir, l'amour, la beauté, la jeunesse. Autant de " fleurs " promises à une fin rapide. Autant de fêtes temporaires comme toute fête, populaire ou bourgeoise. Le film commence par les flonflons et les lumières d'un soir de 14 juillet du côté de la Bastille, et il se poursuit par des vacances de rêve dans une belle maison au milieu des fleurs et près d'un fleuve. Vrai déjeuner de soleil. Et jardin à bascule.

    De cette précarité universelle, une femme, Kate (Delphine Seyrig), a fait sa philosophie, elle en a tiré sa règle de vie. Ne commence-t-elle pas elle-même à se faner ? Elle se hâte de jouir, avec une prédilection pour les " fleurs " et les " fêtes " dont elle sait bien qu'elles ne peuvent durer. Il faut les saisir au vol, dans l'éclair de leur fraîcheur. Les beaux corps de vingt ans chantés par Rimbaud sont eux aussi denrée périssable. Cette beauté-là n'est belle que parce qu'elle est du diable, et le diable c'est le Temps, qui ne le sait ? Ogresse évaporée, la dame se repaît de chair fraîche. Elle consomme du minet. À ses risques et périls. Certaines fleurs sont d'autant plus vénéneuses qu'elle sont plus fraîches.

    Mais la chair fraîche, sait-elle qu'elle est fraîche, c'est-à-dire irrémédiablement condamnée à la quasi immédiate défraîcheur ? Le propre de la jeunesse est d'ignorer que jeunesse se passe, et à toute vitesse. Elle exige la durée. Toujours appartient à son vocabulaire et, bien sûr, elle le fait rimer avec amour. L'amour est ce jardin vers le bout duquel on courra, pense-t-elle, toute sa vie. Mais le Temps fait tout de suite basculer le jardin.

    Pour le jeune Karl, il s'agit de bien plus que l'amour. Ce jardin (la villa, la dame, l'amour), c'est son salut. Le petit prolo, seul, pauvre, perdu, voyou prisonnier d'une bande, trouve dans les vacances chez Kate sa fête. La " bascule " lui est d'autant plus insupportable.

    Guy Gilles a épicé son histoire par le fait divers. Mais le " suspense " criminel n'est qu'un ressort ajouté. Je n'y vois pas le prix du film - mais plutôt dans la délicate, affectueuse, analyse du personnage de Kate - elle-même Fleuve et fleur - dont Gilles réussit à justifier l'inconstance pathétique (et dangereuse pour elle-même); et dans le portrait, affectueux lui aussi, presque complice, des deux minets voyous (Patrick Jouané en progrès, et Philippe Chemin dont les débuts à l'écran surprennent par leur qualité), jeunes fauves jouant de leurs charmes et du charme de la chair fraîche, beautés véritablement du diable, petits truands transfuges de la fête populaire vers la féérie bourgeoise des riches - il y a du tennis, de la pelouse, de la piscine -, piégeurs tendant à la dame un piège qui se referme sur eux.

    Le prix du film, je le vois aussi dans la présence de Guy Gilles. Non seulement à l'image (il est l'un des comparses, moins là pour tirer la moralité du film que pour obliger les petits truands à aller jusqu'au bout d'eux-mêmes). Mais surtout par son style, un des plus personnels du jeune cinéma français, et par les références et allusions très furtives à ses précédents films grâce à la reprise de thèmes qui lui sont chers : la nostalgie algérienne du pied-noir, la dévotion à une certaine féminité que Jeanne Moreau, ici présente, par une chanson émouvante, incarne à la perfection."

    Jean-Louis Bory,5 mai 1975, Le Nouvel Observateur
  • Ecran

    Ecran

    " Avec obstination, Guy Gilles poursuit avec un certain bonheur une carrière pourtant bien mal engagée avec quelques courts et longs métrages d’une agaçante préciosité et d’une laborieuse poésie préfabriquée. Ses progrès sont cette fois incontestables et l’aventure de ce loulou tueur à gages tombant amoureux de la mystérieuse et riche originale qu’il est chargé d’abattre dégage un vif sentiment de mélancolie et d’amertume. Le scénario pêche sans doute par l’absence de vraisemblance et d’insertion dans le réel et de ce fait nous touche peut-être moins profondément qu’on le souhaiterait et l’unité de ton du film n’est pas toujours assurée (numéros de Bedos et Moreau plutôt injustifiés). Mais la frustration, l’insatisfaction, l’errance morale de ces personnages en marge du monde sont exprimées avec nuances par des interprètes très bien dirigés. Et la mise en images, un peu maniérée, d’une lenteur appliquée, mais subtile et envoûtante est adéquate au sujet."

    Henry Moret, juin-juillet 75, Ecran
  • Le Monde

    Le Monde

    « Tous mes films sont liés à l'idée du temps, ce qui est le propre des gens qui pensent beaucoup au suicide », disait Guy Gilles, lors de la sortie d'Absences répétées (prix Jean Vigo 1973). Pour lui - c'est son romantisme, - la jeunesse est un mal incurable et la vieillesse une épreuve insupportable. Il le dit à nouveau dans son cinquième film, où se rencontrent, pour une passion fugitive, un jeune homme de vingt-cinq ans, Karl (Patrick Jouané), et une femme à la maturité rayonnante, Kale (Delphine Seyrig).

    Karl est entré, avec son ami Roland (Philippe Chemin), dans la villa entourée de verdure qu'habite Kate, pour l'assassiner. Ces deux voyous à gueule d'ange appartiennent à une organisation de tueurs à gages dont les raisons d'agir ne sont pas expliquées, car ce n'est pas le sujet. La seule chose importante est que la rencontre de Kart et de Kate se fasse sous le présage de la mort, une mort qui, à passer par le chemin, le sentier plutôt, de l'amour, sera comme un inéluctable sacrifice.

    Karl rêve souvent qu'il court dans un jardin, basculant toujours d'un côté ou de l'autre. Symbole d'un absolu qu'il ne peut atteindre. Le jardin de Kate pourrait être cet absolu, mais Kate ne le veut pas. Elle a quarante ans, la peau douce et beaucoup de souvenirs. Elle a peur de ce qui dure, car durer, c'est vieillir. Kate tente de supprimer le temps, en évoquant son passé d'une manière mythique (comme une femme fatale de cinéma), en lisant pendant des heures n'importe quel livre, en faisant de la passion qu'elle vit avec ce garçon un amour éphémère. Car elle est la mort de Karl comme Karl est sa mort.

    C'est la lecture sensible qu'on peut faire de ce film très beau, très triste, très maîtrisé. Mais certainement déconcertant pour qui ne va chercher au cinéma qu'un divertissement avec une intrigue et des images qui « bougent ». Le Jardin qui bascule est un film à contempler, dont presque chaque plan est une « nature morte » de photographe ou de peintre. Personnages, paysages et objets sont saisis, comme immobilisés dans les instants où ils surgissent sur l'écran. Delphine Seyrig, qui n'a jamais été aussi belle ni aussi émouvante, incarne la nature insaisissable de la femme, figurée aussi par Jeanne Moreau et Anouk Ferjac, qui ne font qu'apparaître. Patrick Jouané , sombre et blessé jusqu'au désespoir, est très exactement l'acteur qui convient à l'univers de Guy Gilles, où l'adolescent, le jeune homme, est condamné à aller, très vite, jusqu'au bout de lui-même."

    Jacques Siclier, 22 mai 1975, Le Monde
  • Cinéma

    Cinéma

    " Chacun des films de Guy Gilles, à commencer par son titre, possède un charme. Tous ont les défauts de leurs qualités à des degrés divers. La sensibilité, le sens du temps comme élément fragile, insaisissable, la tendresse aussi portée à certains êtres, voire à certaines heures du jour – ou de la mémoire -, me paraissent les dons les plus vulnérables. Il convient toujours de se garder de ce qui nous séduit davantage : comme l’élégance (qu’il possède), les qualités des films de Guy Gilles doivent se laisser oublier pour garder leur pouvoir. Ce sortilège joue très bien dans Le Jardin qui bascule, dont la photographie et le découpage créent un climat assez envoûtant pour effacer le prétexte, le suspense policier qu’on oublie volontiers, même si son amorce – le meurtre d’un cafetier un soir de 14 juillet – est filmée avec une aisance calculée, sans insistance, efficace, qui laisse apparaître, au gré d’un certain nombre de reflets, un film possible – qui ne se fera pas, qui va se développer différemment, métamorphose du récit qu’on croirait née du plus profond, du plus vrai des personnages – ce qui reste peut-être et très simplement la vérité. Et le film bascule, très tôt, vers quelque chose de plus émouvant et de plus intéressant, au fond, qu’une histoire de tueur à gages, qui risquait de surcroît de ne pas être très convaincante. Mais c’est à partir de l’arrivée de Patrick Jouané et de Philippe Chemin chez Delphine Seyrig que le climat créé par Guy Gilles opère : ils doivent tuer cette femme ; or, tout alors se déplace, comme un panneau dévoilant l’autre réalité, celle qui va nous retenir, celle qui va être vécue… Une sorte d’indéfinissable bonheur de voir va faire de chaque plan comme un souvenir : de grandes vacances, de rêve, de fable, de blessure comme seule l’adolescence peut en recevoir ; et l’art aussi de voir ceux qui sont autour de soi – ces comédiens qui habitent le film et ne jouent pas. Des rapports ténus vont lier les deux garçons à leurs « hôtes », puisqu’ils se sont fait inviter ; et ces rapports vont se renforcer de tout ce qui n’est pas dit (la littérature, cette ennemie à congédier !), de chaque moment qui passe. La présence, au cœur de ce film en nuances, impressionniste, extrêmement pudique dans sa tendresse comme dans son tragique, de grands comédiens et de jeunes acteurs exigeait une mise en scène sans effets ; la mise en scène de Gilles est celle des heures et des visages. Delphine Seyrig est remarquable, que l’amour ne délivre pas de ses draps, comme sur une affiche de Mucha, ni d’une solitude dont la jeunesse ne connaît que la part insupportable (d’où les beaux plans de Philippe Chemin, ou du jeune Ludovic Lutard). La logique du désespoir veut deux meurtres pour un. Et la tendresse de Guy Gilles pour ses héros nous vaut un film doux-amer."

    Claude Michel Cluny, Cinéma

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  • Christophe Gehlen au sujet de : Marie

      0/10

    1 an après, jamais eu de réponse... Je demande à nouveau ! a quand la possibilité d acheter sur Mac !!!