Michel Drach : "Aucune chapelle ne m'a jamais soutenu..."
Tour d'horizon de la carrière d'un inclassable. Michel Drach débute au temps de la Nouvelle Vague mais n'appartient à aucun courant. Des films romantiques, des films très politiques qui font scandale, des films à la mélancolie très personnelle... Michel Drach était un honnête homme qui n'avait envie que d'exercer son métier honnêtement. Voici de larges extraits d'un entretien avec Monique Hennebelle paru dans la revue "Image et Son" en 1974, avant qu'il ne s'attaque de front à la peine de mort avec "Le Pull over rouge". Il évoque ici tous ses films sans langue de bois, notamment "On n'enterre pas le dimanche", "Amélie ou le temps d'aimer", "Elise ou la vraie vie", "Les Violons du bal" et "Parlez-moi d'amour", tous visibles en exclusivité sur Universciné.
Michel Drach, cv express
Ce fut comme une évidence. Cousin de Jean-Pierre Melville, Michel Drach n'a pas 17 ans qu'il est déja stagiaire sur le tournage du "Silence de la mer", puis, abandonnant ses études aux Beaux-Arts, il deviendra dans la foulée l'assistant du réalisateur - avec Claude Pinoteau - sur "Les enfants terribles". Mais Michel Drach va rapidement voler de ses propres ailes et son premier long métrage, "On n'enterre pas le dimanche" est récompensé par le Prix Louis Delluc. Il a 30 ans...
" Michel Drach entend marcher à contre-courant et il le fait avec un mouvement de menton qui ne manche pas de culot. Contre vents et marées, l'éducation selon Michel Drach reste
sentimentale, et Drach souligne l'adjectif.
Son adolescent a plus faim de tendresse que de caresses, et s'il supplie qu'on lui parle d'amour, c'est plus de l'amour que l'on éprouve que de l'amour qu'on fait. Vive ce gros muscle infatigable et très rouge qu'on appelle le coeur.
Il tombe sous le sens que ce gamin, démarrant dans la vie avec pareil appétit de chaleur humaine, ne va pas tarder à se meurtrir à l'égoïsme et à la vacherie des gens en général - des adultes en particulier. Seules oasis dans ce désert : son amitié avec un autre gamin, de quelques années son cadet (la scène la plus réussie du film nous montre leur rencontre et leur complicité immédiate) - Drach sait se pencher avec tact et sympathie sur les enfants - et son amour pour une adolescente mais qui, comédienne avisée bien que débutante, a déjà l'intelligence exacte de sa carrière (...)
Zouc est extraordinaire en soi : clown noir combinant la fascination noire de Fellini et de Ionesco. Sa bouffonnerie inquiétante ne s'intègre pas une seconde à une vision du monde où la méchanceté n'est que le revers d'une tendresse déçue et où la pudeur incite à la timidité de touches en demi-teintes..."
Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur
" Ces thèmes banaux de "l'inquiète adolescence" (solitude-refus-besoin de tendresse-de bonheur-insertion sociale difficile) sont traités avec une grande sensibilité, mais aussi avec une sorte de nonchalance coulée, de faiblesse rêveuse. La situation est bien déterminée dans des décors justes, intelligents.. (..) il semble bien que Michel Drach ait adroitement fui l'aspect essentiel de son oeuvre, le film sous-jacent, à celui que l'on voit, entièrement axé, lui, sur le dérisoire.
Dérisoires les rapports mère-fils (...) dérisoire l'abri captateur offert par une quadragénaire (...) dérisoire aussi le bonheur, l'amour joyeux (...) dérisoire enfin cette vie où l'école est une prison; la liberté une errance sans joie, sans horizon, sans autre but que de fuir la solitude et de ramasser si possible un peu d'argent..."
Jacqueline Lajeunesse, La Saison cinématographique