Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Cannes 2014 — John Boorman : "Je ne sais pas ce que l'on ferait sans les films"

"Ce sera mon dernier film", assure-t-il. L'autobiographique Queen and Country (pendant à son Hope and Glory de 1987) vient d'être présenté à la Quinzaine des réalisateurs. C'est sa vie de jeune homme qui est ici évoquée, à l'armée, juste avant que le cinéma ne devienne sa passion. Un film au classicisme lumineux qui laisse paraître toute la richesse de ses personnages. Nous avions rencontré le grand cinéaste britannique dont on ne cesse d'admirer Le Point de non retour et Délivrance.

HOPE AND GLORY (LA GUERRE A SEPT ANS), était inspiré de mon enfance à l’époque du Blitz et, à l’opposé, lors des jours idylliques passés au bord de la Tamise après avoir fui avec ma mère lorsque notre maison a été détruite. QUEEN AND COUNTRY se déroule neuf ans après, en 1952, lorsque j’ai été appelé deux ans sous les drapeaux comme tous les autres jeunes garçons de 18 ans en Grande-Bretagne.

La plupart des personnages du film sont inspirés de ma propre famille et des personnes que j’ai pu rencontrer à cette époque. Tous les événements du film se sont déroulés de manière quasiment identique. J’avais pour mission de faire cours aux soldats enrôlés pour la Guerre de corée. Quand j’ai étudié le conflit, j’ai été choqué de découvrir les absurdi- tés qui avaient entraîné cette guerre. Le Général MacArthur était au com- mandement et voulait lâcher une bombe atomique sur les chinois. Mais le Président Truman l’a évincé juste à temps. L’un des appelés qui assistait au cours n’était autre que le fils du leader du parti travailliste. Le jeune homme a refusé de partir en corée car je leur avais dit que c’était une guerre immorale. J’ai alors été arrêté pour avoir « incité un soldat à se détourner de son devoir ».

Dans le film, Percy vole l’horloge du régiment. Tout le monde part alors à sa recherche si bien que le camp se transforme en chaos total; les entraîne- ments sont gravement bouleversés. En réalité, Percy a fait bien pire en vo- lant plusieurs objets de valeur à deux semaines d’intervalle, ce qui a paralysé complètement le camp.

À la fin de HOPE AND GLORY , ma sœur accouche à l’âge de 17 ans. Elle se marie avec le père du bébé, un soldat canadien, et part vivre avec lui au canada. Dix ans plus tard, son retour coïncide avec le début de mon service militaire. Mes amis et moi la retrouvons merveilleusement audacieuse et glamour. Elle est à nos yeux le symbole de l’Amérique, de Hollywood et du futur, et illumine notre univers compassé.

L’Angleterre était encore dans le traumatisme de l’après-guerre. La population venait seulement de vivre la fin du rationnement. c’était un pays désolé et l’Empire vivait ses derniers instants. Nous, les jeunes, rejetions cette société de classes et de privilèges et aspirions à un pays plus juste et égalitaire - c’est ce qui accompagne l’histoire du film.

Quand mon père était à la guerre, je savais que ma mère avait une aventure. Je me suis retrouvé face à un choix cornélien : devais-je trahir ma mère ou trahir mon père ?

J’ai adapté ce dilemme dans le film. cela a été un réel plaisir de reconstituer tous les détails de cette époque - que ce soit le langage, le maniérisme, les vêtements et le mobilier. Le fait d’écrire le scénario a fait resurgir de nombreux souvenirs enfouis depuis longtemps. comme ce fut le cas pour HOPE AND GLORY , mes souvenirs se sont effa- cés devant les scènes une fois le film réalisé. David Hayman, qui joue mon père dans le film, ressemble maintenant bien plus à mon père que mon véritable père ! Vanessa Kirby, ma sœur dans le film, lui ressemble tellement que j’avais parfois l’impression de faire un voyage dans le passé lorsqu’elle jouait ses scènes.

La relation entre souvenirs et imagination est un territoire mystérieux. comme Ingmar Bergman le disait, il n’essayait pas de rendre les choses réelles mais vivantes. J’ai travaillé avec des acteurs qui ont su insuffler la vie à des événements qui ont eu lieu plus de soixante ans auparavant.

John Boorman

On vous recommande