Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Ciro Guerra : un premier film pour ceux qui vivent au coeur du chaos

Très peu d'oeuvres proviennent de Colombie; L'Ombre de Bogota a marqué un tournant important dans une cinématograhie qui a désormais plus de moyens et de reconnaissance internationale à travers les festivals. Ciro Guerra raconte comment il est parvenu à faire exister son film...

D’où sont venues l’idée et l’intention de faire ce film ?

J’avais écrit, à l’époque, un court texte sur mes motivations pour écrire le film :

“This story is about people.

People who live at the heart of a war-torn country.

People whose stories meet on the streets of a chaotic, convoluted city.

People who carry the burden of an endless history of violence.

People who’ve seen and suffered the most atrocious circumstances, and yet, refuse to give up.

Refuse to surrender.

People with the wiII to break the endless circle of death and désolation.

And start over.

People who laugh, suffer, dream, feast, teach, learn, and sometimes do wrong.

The ones who don’t always win.

The ones who defend their dignity, even on the edge of the abyss.

The ones who pay the price.

People of Colombia.

This story, is about us.”

Comment êtes-vous parvenu à financer un tel film sur ce sujet en Colombie ?

Nous avons fait le tournage avec un budget minimum. Chaque personne ayant participé à la production du film a accepté de travailler sans être rémunérée parce que nous avons tous cru au projet.

Nous voulions être uniquement payés si le film faisait des profits. Une fois le tournage terminé, nous avons proposé le film dans une version non finalisée au Festival du Film de San Sébastian, dans le cadre des rencontres « Cinéma en Construction ». C’est grâce au Prix que nous avons remporté que nous avons pu finir la post-production et être prêts à distribuer le film.

Comment s’est déroulé le tournage du film ?

Rien n’a été facile. Quand vous n’avez pas de budget, le moindre problème peut prendre des proportions énormes.Vous êtes aussi en permanence dépendants de la disponibilité des personnes, ce qui rend les choses difficiles. Heureusement les comédiens et l’équipe du film ont fait beaucoup de compromis pour que nous puissions faire le meilleur film possible.

Pendant le tournage, nous avons dû faire face à de nombreux imprévus : la caméra n’a pas fonctionné le premier jour de tournage, l’acteur principal est tombé malade après avoir bu une boisson lors d’une prise, ou encore, lors d’une journée de tournage à la montagne Monserrate, une fusillade a éclaté à côté de nous ! Nous avons été contraints de nous réfugier dans la maison d’un des comédiens car des gangs rivaux s’affrontaient à vingt mètres du plateau. Le tournage fut rempli de petites anecdotes étranges.

Avez-vous choisi vos acteurs pour incarner les personnages du film ?

Je ne suis pas adepte des castings. Ce que je cherche, chez un acteur, c’est une énergie particulière, quelque chose de profond, d’intime qui peut nourrir le personnage. Il est impossible d’observer cela lors d’une session de casting. Je crois qu’il faut connaître l’acteur personnellement pour savoir s’il est fait pour le rôle.

Quelle est votre principale source d’inspiration dans la manière dont vous dirigez vos comédiens ?

Je suis un conteur d’histoires. Le Cinéma est pour moi le meilleur moyen de raconter des histoires parce qu’il permet, mieux que toute autre forme d’art, de capter les sens du spectateur.

Quelles sont les références cinématographiques qui vous ont donné envie de faire du Cinéma et qui vous inspirent aujourd’hui ?

La Sombra Del Caminante (L'Ombre de Bogota) est très influencé par le travail des néoréalistes italiens, notamment par Umberto D de de Sica et La Terre Tremble de Visconti. De plus, l’œuvre du grand cinéaste cubain Tomas Gutierrez Alea a été une grande influence.Par ailleurs, en tant que spectateur, je suis un grand fan des films de Fellini et Hitchcock. En tant que cinéaste, je puise une part de mon inspiration dans les œuvres de Renoir, Antonioni, Cassavetes, Tarkovski, Ray et Glauber Rocha.

Votre film apparaît très différent du reste des productions colombiennes actuelles ; que pensez-vous du cinéma national colombien ?

Les choses ont beaucoup évolué depuis que nous avons terminé le film. Une loi pour le cinéma a été approuvée; il y a donc maintenant davantage d’argent pour soutenir les projets.Le problème c’est que la plupart des films produits dans mon pays sont uniquement liés à l'argent. On produit de grosses comédies ou des thrillers qui attirent davantage de spectateurs, mais qui sont oubliés aussitôt. Il y a finalement très peu de réalisateurs qui ont une conception personnelle du cinéma.