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Coup de cœur : Loin de vous j'ai grandi

Avec Loin de vous j'ai grandi, présenté à l'ACID Cannes en 2021, Marie Dumora continue son aventure documentaire auprès d'une famille de l'Est avec le portrait de Nicolas, 13 ans, petit Ulysse confronté au retour parmi les siens.

Loin de vous j’ai grandi est un film d’aventure. Un vrai. Et comme tout bon film d’aventure qui se respecte, il faut un héros. Un vrai. Ce sera Nicolas, 13 ans, balloté de foyers en foyers depuis tout petit et qui doit bientôt faire un choix : revenir s’installer, ou non, auprès de sa mère, qu’il voit de temps en temps et qu’elle a décidé de placer, dépassée, quand il était bébé. Rêveur et réservé, Nicolas lit Jack London et L'Odyssée, fugue souvent et la forêt qui borde son foyer prend des airs de contrée merveilleuse dans laquelle il trouve refuge, parfois avec Saif, son compagnon de galère venu de Tunisie, lui aussi exilé loin des siens.

Avec Loin de vous j’ai grandi, Marie Dumora continue sa saga familiale de cinéma dans l’Est de la France, territoire qu’elle arpente en documentaires depuis la fin des années 1990. Après Sabrina, la mère de Nicolas, et Belinda, c’est à Nicolas qu’elle rive sa caméra. Les deux sœurs surgissent, tantôt au présent, tantôt au passé à travers les images des films précédents de Dumora. Un jeu d’écho, troublant, émouvant, complété par le témoignage du grand-père de Nicolas sur ses propres parents, détenus pendant la guerre dans un camp de concentration pour leur appartenance à la communauté Yéniche. De film en film, Marie Dumora retisse la toile de cette famille. Elle isole chaque fois un personnage qui donne sa couleur et son mouvement au métrage. Observant les ramifications de cette fratrie qui pousse dans l’univers, la cinéaste s’intéresse à la trajectoire de ses bourgeons qui tentent de trouver leur place. C’est chaque fois un destin, dans ce que le terme a de plus effroyable et de grandiose, dont Marie Dumora tente de capter un bout pour en apprécier la trajectoire. Des comètes, à l’image de celles que pourrait osberver l’astronaute amateur auquel Nicolas et Saif rendent visite ? Destin, aussi, dans ce que le terme à de plus divers. Existentiel, sociologique mais aussi et surtout romanesque. On y revient. Marie Dumora fait résonner les déterminismes d’une famille qui cumule les difficultés de génération en génération, tout en se penchant sur la carte que chacun a à jouer, avec faconde et fantaisie. Comme de véritables personnages de cinéma. Contre l’idée qui voudrait que la forme documentaire soit dénuée d'imaginaire, Marie Dumora prouve au contraire que le mariage des deux est une belle manière de coller au réel.

Pierre Commarmond

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