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France, marâtre patrie - entretien avec Lam Lê

Les zones d'ombre de l'histoire de France recèlent quelques ignominies encore très proches. Lam Lê revient ainsi sur la période coloniale de l'Indochine dans Công Binh. Des témoignages, un documentaire... Parce qu'il était impensable de raconter les faits à travers une fiction, dit-il : "On ne m'aurait pas cru."

Linda Lê, écrivain, évoque Công Binh

Les hommes qui témoignent dans le film de Lam Lê ne sont pas des hommes du ressentiment. Leur parole vient du plus profond d'eux-mêmes, ils disent ce qui, à un moment de l’histoire de la France, a fait d’eux des proscrits, mais ils le disent sans pathos, sans faire au spectateur stupéfait d’apprendre ces révélations sur des existences broyées par ce que Simone Weil appelait les machines à écraser l’humanité, le chantage à l’empathie. Au bout d’un voyage qui les a conduits, au cours des années trente, loin de leur famille, loin du Vietnam natal, ils ont été à l’école de l’exil et du dénuement. Esclavagés une fois en France, traités comme des bêtes de somme, ils ont traversé toutes ces épreuves en luttant pour ne pas aller de déchéance en déchéance, pour croire encore en un lendemain où leur idéal de liberté et d’égalité ne serait plus bafoué. Ils ont été piétinés, mais ils ont continué à mettre tous leurs espoirs dans la fraternité.

En leur donnant la parole, en les invitant à revenir sur cet épisode de leur jeunesse, sur les efforts qu’ils ont déployés pour survivre en terre étrangère, sur la perte de leurs illusions, mais aussi sur les combats qu’ils ont menés chaque jour pour ne pas être anéantis, Lam Lê fait, à travers son film si nécessaire et si lumineux malgré tout, le portrait de quelques héros de l’ombre : face à l’injustice qu’ils ont subie, ils ont été tels de vaillants soldats qui n’abdiquent pas leur indépendance d’esprit.

Le récit de ces sans-grades, victimes d’un asservissement qui faillit les animaliser, tant étaient difficiles à supporter la faim, les rigueurs de l’hiver et l’hostilité des autochtones, n’a rien de larmoyant. Les rescapés de cette aventure où beaucoup ont péri, se racontent et, en se racontant, sauvent de l’oubli ceux d’entre eux qui ne sont plus là pour faire partie de cette arche de Noé filmique accueillant à son bord des obscurs qui doivent leur salut à leur refus d’être chosifiés et à leur foi totale en l’humanisme.

Linda Lê

Dans une deuxième partie de l'entretien, Lam Lê évoque cinq cinéastes du catalogue UniversCiné parmi ses favoris :

Emmanuel Finkiel

Philippe Garrel

Bouli Lanners

Cristian Mungiu

Andrei Zvyagintsev