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Hélier Cisterne : " En souvenir de l'adolescent que j'ai été "

VIDEO | 2013, 9' | Remarqué pour ses courts-métrages, Hélier Cisterne passe au long avec Vandal : portrait du graffeur en super-héros, chronique adolescente, film nocturne et urbain... Le réalisateur revient sur ses souvenirs de jeunesse et son désir de cinéma, né un jour de la vision du Crash de Cronenberg.

Il y a une relation complexe entre les adolescents et les adultes du film, tout en distance, évitements mais en relations permanentes...

Il y a beaucoup d’incommunicabilité entre eux, ils évoluent dans des mondes parallèles. La mère de Chérif fait comme elle peut, elle ne se sépare pas de son fils de gaieté de coeur, on sent qu’elle l’aime. Et finalement, elle l’envoie vers sa destinée. Pareil avec son père, Farid. On voit que maladroitement il cherche à communiquer avec Chérif. Et quand il lui donne vingt euros, pensant que son fils a une petite copine, il l’encourage du coup à aller vers Elodie… Sans même le faire exprès, ces parents sont des forces de vie, des relais.

Thomas, Chérif et Vandal semblent avoir un rapport complémentaire au graffiti...

Ils sont trois figures de l’adolescence. Pour Thomas, le graffiti est une manière d’assouvir un besoin de transgression dans sa vie paisible de lycéen qui travaille bien. Pour Chérif, c’est plus vital. Il y trouve l’espace pour investir son énergie et sa colère, pour se poser la question de qui il est, d’où il va. Quant à Vandal, il incarne une forme d’absolu : on ne connaît pas son identité, il est comme un fantôme qui court sans filets vers une destinée qui échappe à tout le monde...

En empruntant le nom de Vandal, Chérif ne transgresse-t-il pas l'une des règles du graffiti ?

Si ! C’est une règle de base : ne pas prendre le nom d’un autre en activité quand on commence à peindre. Mais on peut imaginer qu’un graffeur reprenne le nom d’un ami qui vient d’être arrêté ou de mourir pour poursuivre son travail. Chérif se tient dans l’ombre de Vandal, et c’est comme s’il ramassait son costume de super-héros.

La scène de repas chez la grand-mère nous ramène vers l'enfance de Chérif et l'on découvre une face plus douce de cette famille...

Je tenais beaucoup à ce moment qui ravive la profonde déchirure identitaire de Chérif. Dans la maison de la grand-mère maternelle, cette réunion de famille a tout pour paraître paisible et joyeuse, à l’image de la chanson d’Anne Sylvestre. Sauf que les rêves de super-héros ont volé en éclats et que Chérif est contraint à la duplicité et au silence.

A la fin du film, Chérif, seul sur l'immeuble, nous fait face...

Juste avant, il a fait un choix important en s ’ouvrant à Elodie et en lui disant " je t’aime ". En endossant le costume et le nom de Vandal, il prend le risque de se découvrir complètement et d’assumer qui il est, ce qu’il a fait. Ce geste final lui permet de sortir du réel, de reprendre son souffle. Vandal est un film que j’ai fait en pensant à l’adolescent que j’ai été et aux ados que je filme.

Pour cette raison, je tenais à ce que sa fin échappe à une issue familialiste, morale ou conclusive. J’avais envie de dire à ceux qui verront le film cette phrase de Nietzche que je répétais sans cesse au comédien principal : " Deviens qui tu es ". C’est un risque essentiel à prendre dans une vie, hors des chemins tracés.

 

 

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