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Jaime Rosales - La jeunesse face à l'omniprésence des images contemporaines

VIDEO | 2015, 6' | Le réalisateur espagnol Jaime Rosales (La Soledad, Rêve et silence) revient avec La Belle Jeunesseun film sur des jeunes gens en prise avec la crise économique.

Il évoque le choix de son actrice principale pour incarner le personnage lumineux de Natalia mais également sur la question de l'omniprésence des images dans notre société. 

Ingrid Garcia-Jonsson

Dans ce film, Ingrid a été fondamentale. Pas seulement parce qu’elle est l’actrice principale, mais aussi parce qu’Ingrid a donné le ton interprétatif à tous les autres. Ce n’était pas n’importe quel musicien de l’orchestre, c’était le musicien qui donnait le "la" à tous les autres interprètes.

Pour interpréter le personnage de Natalia, je cherchais une actrice qui possède un vaste spectre interprétatif. Une actrice de caractère, qui pourrait donner de nombreuses et différentes nuances au personnage. Quelqu’un de très lumineux, joyeux, sympathique, mais possédant un côté dur, déterminé et décidé. Il fallait qu’elle ait un côté naïf et, à la fois, un côté mûr. C’est très difficile de trouver ces attributs chez une même personne. Créer de façon vraie des pôles aussi opposés est très compliqué pour n’importe quelle actrice. Ingrid possède une technique très intuitive. Elle a un énorme talent naturel. On dirait qu’elle n’a aucune difficulté à jouer, parce qu’elle est très sûre d’elle. Heureusement, elle ne se contente pas de mener la scène à bien, elle cherche l’excellence, et à donner le maximum d’elle-même.

Dans mes films, je cherche toujours des acteurs qui ressemblent beaucoup à leurs personnages. Puis, pour augmenter l’effet naturel, je rapproche plus encore le personnage à l’acteur. Dans le cas d’Ingrid, il s’est agi d’une exception. Elle est très différente de Natalia. Sa vie n’a rien à voir avec celle de son personnage. Ingrid est une femme cultivée, sophistiquée et indépendante. Une femme qui a fait des études d’architecture et qui vit seule depuis l’âge de 16 ans. Le personnage de Natalia est le résultat d’une construction très laborieuse et précise de sa part.

Les images

Le film combine des images réalisées par l’équipe de tournage en négatif 16mm avec des images des acteurs captées par eux-mêmes avec leurs propres appareils de type amateur (mini-DV/smartphone/web-cam). 80% des images correspondent à l’équipe de tournage, tandis que les images captées au moyen de dispositifs amateurs représentent 20% du métrage total.

Dans un monde inondé par la production et la consommation d’images en tout genre, le film, s’il prétendait montrer minutieusement cette réalité ne pouvait rester en marge des formats, lieux et formes de production et de consommation de ces images. Chaque technologie impose une distance psychologique. C’est la distance de celui qui observe sur celui qui est observé. Dans ce film, il y a quelques scènes où cette distance est nulle, l’acteur lui-même étant celui qui la produit (observateur et observé se confondent).

Le son

Le son, comme dans mes films précédents, s’est articulé autour du son direct des dialogues. Chaque prise exigeait une nouvelle improvisation, la recherche de la part des acteurs de nouveaux mots pour que chaque moment soient perçus comme comme à la première prise, comme la seule prise possible. Le doublage a été écarté. La recherche du maximum de réalisme implique le respect pour les tons de voix qui surgissent spontanément. Nous ne nous autorisions pas la répétition des mêmes mots, des mêmes gestes, ni au tournage, ni au doublage. Tout a été créé sur le moment. Les voix, avec leurs hésitations et leurs imprécisions, font partie de cette création spontanée irremplaçable.

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