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Jean-Pascal Hattu : "Une femme perdue entre l’homme qu’elle aime et celui qui lui fait l’amour..."

Le réalisateur explique comment, pour son premier long-métrage, il a rencontré des femmes de détenus, écouté leur détresse et a construit une fiction où un homme est condamné à aimer une femme inaccessible...

"J’ai rencontré des femmes de détenus. J’ai écouté leur détresse. J’ai lu de nombreux témoignages. L’une d’elles enjambait chaque jour la clôture d’une propriété privée pour observer de plus près, avec une paire de jumelles, la fenêtre grillagée derrière laquelle elle apercevait la silhouette de son mari. Une autre, dans le parloir, construisait avec la table et les deux chaises une cabane de fortune dans laquelle elle pouvait embrasser son ami à l’insu des surveillants. Une autre encore avait pris l'habitude de respirer, comme un rituel érotique, le linge sale de son mari avant de faire tourner la machine à laver. Du corps absent et désiré de l’autre que leur reste-t-il ? Une image volée, une odeur de transpiration, des vêtements, une main serrée pendant le temps d’une visite, un sexe en érection que l’on n’a pas le droit de toucher…

Le personnage de Maïté est né de toutes ces confidences. Il a immédiatement imposé un mode de narration fait de scènes quotidiennes où la répétition, l’attente, la frustration, l’absence d’espoir, tiennent lieu de vie. Bien sûr, la fiction est là pour dérouter l’aspect documentaire du récit. Elle prend racine dans la solitude d’un homme condamné à désirer « dans le vide » une femme inaccessible. C’est bien une sorte de folie qui s’exprime ici.

On peut se rassurer en disant que Vincent est pervers. On peut aussi penser que le système carcéral pervertit tout désir sexuel. C’est précisément ce que je veux filmer : des corps abandonnés. Maïté est libre, mais demeure prisonnière de son amour pour Vincent. Que faire de cette liberté ? C’est une femme fidèle, sans imagination. Une victime qui un jour se laisse tenter par le diable.

7 ans devient le parcours d’une femme qui se perd entre l’homme qu’elle aime et l’homme qui lui fait l’amour. Pour saisir ces moments-là, j'ai eu envie d'écrire des scènes très courtes, simples, où souvent le silence en dit plus que les mots. J’ai filmé les gestes, les postures, les regards, les sourires, les visages qui mentent pour ne pas sombrer. J’aimerais que de telles images soient autant de traces physiques, sensuelles, émotionnelles, d’un dialogue impossible. Car mes personnages ne sont ni dans la psychologie ni dans le commentaire. Ils affrontent des épreuves et se débrouillent comme ils peuvent."

Jean-Pascal Hattu