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L'habit fait le swag

VIDEO | 2016, 15' | Après Robert Mitchum est mort, road-movie rock sous calmants co-réalisé avec Fred Kinh, Olivier Babinet est de retour avec Swagger. Portrait haut en couleurs de la grise Aulnay-sous-bois, cette heureuse surprise du dernier Festival de Cannes donne la parole aux élèves du collège Claude Debussy et montre la banlieue sous un angle inédit. Nous avons rencontré les jeunes acteurs de ce film rafraîchissant.

J’ai d’abord réalisé un court-métrage, C’est plutôt genre Johnny Walker , qui a reçu une aide financière de Cinémas 93, une association de Seine-Saint Denis qui aide aux financements de films. Avec Pierre Da Silva, qui s’occupait de ce fond d’aide, je suis allé montrer le film en prison, puis à des collégiens et des lycéens de Saint-Denis. C’est comme cela que j’ai rencontré Sarah Logereau, professeur de français au collège Claude Debussy à Aulnay-sous-Bois et grâce à qui tout a commencé.

Elle m’a proposé d’animer un atelier avec une classe de 4ème. J’ai travaillé avec ces élèves sur le fantastique au quotidien, je leur demandais de raconter leur trajet le matin puis des rêves et des cauchemars. Nous avons mélangé le tout pour faire une série de petits films. On s’est bien amusé et de fil en aiguille, l’année suivante, on m’a proposé de séjourner au collège un jour par semaine, dans le cadre du dispositif de résidence d’artiste In Situ , via le Conseil Général de Seine- Saint-Denis. In Situ demande, en langage institutionnel, à l’artiste de « rayonner », c’est-à-dire de tenter d’avoir un rôle auprès de l’ensemble du collège. Afin de « rayonner » j’ai donc, le jour de mon arrivée, détourné les sonneries du collège, les remplaçant par des morceaux de musique, Bernard Herrmann, Cypress Hill, Tyler The Creator, des sons de Game Boy, Michel Legrand...

Passé l’effet de surprise, les élèves se sont mis à danser dans les classes, dans les couloirs, dans la cour. Cela a rendu la rentrée légèrement surréaliste et permis à l’ensemble des élèves du collège de m’identifier. Au cours de cette année, j’ai tissé des liens avec les enfants et les enseignants, la concierge, les surveillants... Je mangeais à la cantine avec les cancres, et le personnel de cuisine me donnait du rab de patates. Les élèves venaient me voir, j’observais, j’assistais à plein de scènes très fortes qui constituent le quotidien d’un collège.

À l’issue de ces deux années à Aulnay, j’ai eu envie de mettre en images le quotidien de ce lieu à travers un clip ou j’ai proposé à tous les habitants du collège de participer. On a fait ça sur la musique du groupe de Jean Benoit «Tomorow’s W orld.» Le résultat était tellement fort que j’ai eu envie d’aller plus loin, en faisant un film sur et avec ces enfants avec l’idée de partir d’eux et de sortir du regard d’un adulte posé sur eux. Trop de films sur la banlieue portent un regard condescendant sur les jeunes des cités...

Olivier Babinet

 

Swagger est soutenu par l'ACID - Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion.