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Lee Anne Schmitt, au crépuscule du rêve américain

VIDEO | 2009, 4' | La cinéaste présente son documentaire sélectionné au festival Cinéma du réel 2009 où il a remporté le Prix des Bibliothèques.

C'est un lent et élégant voyage dans les zones dévitalisées de la Californie. Cela pourrait s'appeler un western si l'appellation n'était pas consacrée aux histoires de cowboys. Parler de road-movie ancrerait le film dans un moment de l'histoire du cinéma auquel il ne saurait appartenir. California Company Town peut alors être vu comme le dernier tome paru d'une Histoire cinématographiée de l'Amérique.

Parmi les villes que traverse Lee Anne Schmitt, il y a California City. Fondée en 1957 par un professeur de sociologie ayant pour ambition de rivaliser en superficie et en pouvoir avec Los Angeles, elle n'est qu'une de ces villes fantomatiques nées de l'industrialisation et rendues au désert comme un squelette de vache dans Lucky Luke. En 1999, on y ouvrit la plus grosse prison privée de l'Etat.

Aujourd'hui, seule cette prison justifie que la ville existe et que soit encore écrit California City quelque part sur la carte. Souvent c'est l'installation d'une usine qui motive la construction des villes. Adelanto, Salton City et Keene furent ainsi bâties parce qu'il fallait bien que les gens qui travaillaient là habitent quelque part. Lorsqu'il n'y a plus eu de travail, il n'y a plus eu personne. Et le cinéma américain a reconstruit un territoire de mythologie, laissant à la marge les zones en friche.

Aussi, pendant une heure et quart, a-t-on l'impression d'assister au déclin d'un monde dont on a ignoré les images de son vivant. D'où un film brutal, comme sont arides les paysages et désespérés les cadres de Lee Anne Schmitt.

Pierre Crézé

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