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Les paysans, tels qu'ils sont...

" Pour sa première expérience au cinéma, Christian Drillaud est parti à contre-courant des modes", écrit Marie-Elisabeth Rouchy dans Le Matin de Paris en avril 1980. "Dans À vendre, qui vient de discrètement sortir à Paris, pas question d'écologie ! Le monde rural y est présenté sous son vrai jour, pauvre, anachronique. La raison sans doute des nombreuses difficultés rencontrées par le réalisateur pour monter et distribuer son film..."

Christian Drillaud ne pouvait pas se laisser prendre au mirage du retour à la nature. La campagne, il connaît, il en est l'un des fils. Il en a la sobriété d'élocution, la pudeur, la révolte. Pas étonnant dès lors qu'il ait souhaité en faire le champ de sa première expérience : « Je suis né dans le Poitou. Mes parents y virent encore et j'ai toujours été stupéfait de la minière dont le cinéma restituait la vie des paysans. Ou il les méprise ou il les déifie. Jamais il ne leur rend leur véritable visage, leur désuétude, leur inquiétude, leur fatalisme. C'était importent pour moi de remettre les choses en place, de montrer ta complexité des rapports que ces gens ont entre eux, leur violence, le décalage de leur mentalité par rapport aux nôtres »

Un vieux rêve que le cinéma pour cet enfant de la terre devenu comédien, un rêve difficile : « J'ai toujours été fasciné par la grosse machine qu'est le cinéma, mais je l'imaginais inabordable pour mol Puis je me suis rendu compte que ma naïveté convenait peut-être à ce que je voulais dire, j'ai essayé.

« Mon expérience comme coscénariste sur le film de Féret, Fernand, m'a beaucoup aidé. J'avvais également joué dans Histoire de Paul, son premier film, je savais dans quelles conditions il l'avait tourné et j'ai décidé d'oser moi aussi. Cela n'a pas été facile. Le sujet de A vendre n'excitait personne, j'ai dû monter ma propre maison de production (ORCEOR), et tourner le film à crédit. Cela a coûté 200 000F, dont seulement 50 000 ont été payés — encore le dois-jc à la souscription. A vendre a mis deux ans pour sortir car les laboratoires refusaient de tirer la copie d'exploitation. Aujourd'hui encore je suis à deux doigts de la faillite. Qu'importe ! J'ai réalisé mon rêve et je compte bien continuer.

« J'ai d'autres projets et j'espère que, cette fois, j'aurai moins de problèmes pour les financer !… »

Un chant désespéré qui rassure sur l'avenir du cinéma. Christian Drîllaud, on en reparlera.

Marie-Elisabelh Rouchy

Le Matin de Paris, avril 1980