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Abbas Fahdel : "Je filme pour garder une trace"

VIDEO | 2015, 13' | Son Homeland est un choc. 5h30 en compagnie d'une famille irakienne, au jour le jour, quelques mois avant le déclenchement de guerre avec les Etats-Unis. C'est l'Irak tel qu'on ne l'a jamais vu. Avec les femmes, les enfants, les voisins... Avec le poste de télé allumé où Sadam fait des discours entre deux dessins animés... L'Irak tel que n'a jamais pu nous le montrer un reportage, ni à la télé ni ailleurs.

Divisé en deux parties, Homeland partage le temps : l'avant et l'après, hier et aujourd'hui. On attendait, on espérait, on redoutait la guerre. Puis le cinéaste est retourné en France où il vit. Et revient à Bagdad. Cette fois, la guerre est là, l'occupant installé. La mort, menaçante, est désormais à l'oeuvre, intensément et aveuglément.

Le cinéma rend alors à un pays et à ses habitants, leur humanité, leur regard, leur histoire. La durée devient essentielle. Le geste du cinéaste aussi. Intime de ceux qu'il filme, et à distance parfois, cadrant et recadrant, puis choisissant parmi 120 heures rushes les 5h30 qu'il juge essentielles pour comprendre et partager, Abbas Fahdel construit l'oeuvre "d'une vie", la sienne et celle de sa famille, puis — secret qu'il livre très vite dans le premiers tiers du film — celle de son neveu, disparu, devenant malgré lui le coeur meurtri du groupe. L'adolescent qui s'est imposé, omniprésent, dans le film par sa vivacité, est devenu celui qui, absent, rend sa présence, gravée dans l'image, encore plus brûlante. Ses espoirs, ses doutes, ses critiques, ses rires... sonnent maintenant dans l'écho de la sanction de des combats. Ce n'est plus une abstraction. Homeland ouvre à vif la blessure de guerre. Après, il faudra tout recommencer. Homeland a inscrit en sous-titre : Irak Année Zéro.

Philippe Piazzo

 

Abbas Fahdel poursuit avec Homeland une approche documentaire de son pays déjà amorcée dans Retour à Babylone (2002) et Nous, les Irakiens (2004) puis dans une première fiction L'Aube du monde (2008).

Le cinéaste nous a présenté son film lors des Etats Généraux du Documentaire 2015 à Lussas, après un passage récompensé au festival de Locarno. Il raconte comment Homeland est d'abord né de l'envie de garder un témoignage des événements. Cette idée de la trace, dit-il, est d'autant plus importante qu'elle s'impose face à la destruction des d'archives cinématographiques iraquiennes durant la guerre.