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Morgan Simon : "Je ne me sentais pas représenté au cinéma"

VIDEO | 2017, 7' |  Triangle amoureux, rage post-adolescente et complexe d'Oedipe... Primé au Festival Premiers Plans d'Angers 2017, Compte tes blessures est le premier long-métrage de Morgan Simon. Il évoque ses personnages pudiques et mal aimés et nous dit la belle énergie qui naît parfois de la frustration et de la colère.

Sur la musique du film (par Morgan Simon)

La musique que Vincent pratique s’appelle le post-hardcore, une forme de hard rock. Mélangeant cri et chant, c’est un dérivé mélodique et moderne du hardcore, musique radicale et contestataire des années 1980. Ce style et ses parentés – le punk-rock, l’indie, l’emo – ont nourri depuis toujours mon travail.

Les personnages de mes films ont souvent eu jusqu’à présent un lien avec ces univers, parce qu’ils font de la musique, parce qu’ils sont tatoués ou plus généralement parce qu’ils sont en marge. Avec Compte tes blessures, j’ai voulu poursuivre le travail engagé dans mes courts-métrages, comprendre cet état de transe lorsque l’on crie, le relier à des thématiques familiales et personnelles.

Il était inenvisageable pour moi de filmer du playback. Pour faire ce film, le deal avec Kévin était ainsi qu’il soit capable de devenir un chanteur de ce style, de crier dans un micro, de pouvoir reproduire cette performance en studio d’enregistrement et sur scène. Ce challenge et cette idée de dépassement de soi ont beaucoup plu à Kévin. Vocalement, il a été coaché par Julien Krug (Matthew, bassiste) qui a joué dans plusieurs de mes courts et qui est chanteur de post-hardcore. Julien a écrit deux textes, son ami Selim Aymard (Zachary, guitariste) a composé les deux musiques et s’est adjoint à eux Cédric Laban (Ruddy, batterie) que nous avons découvert en casting sauvage.

Après plusieurs mois de travail, d’efforts, de pertes de voix et de syncopes, Kévin est allé enregistrer les voix en studio. Il nous a ébouriffés. Il était capable techniquement de screamer, mais surtout de le faire avec émotion et vérité, comme le prolongement de son jeu d’acteur. Il est devenu un chanteur de post-hardcore.

Le groupe, VII Day Diary, a ensuite commencé à répéter pour monter sur scène. Dans le film, tout est joué en live. Cette liberté au tournage était fantastique, il y a eu une vraie communion entre les membres du groupe, avec le public, une énergie s’est propagée partout autour de nous. Ces moments ont été, pour toute l’équipe je crois, inoubliables.

Nous avons eu la chance de pouvoir filmer un concert d’une des figures importantes de ce style musical, le groupe américain Being As An Ocean. Ce fut une scène de pogo d’anthologie, dans laquelle je me demande encore comment Julien Poupard et son équipe en sont sortis indemnes. Avec une partie des rushes non utilisés de cette séquence, j’ai réalisé un clip pour le groupe, questionnant l’idée de transe, Kévin y tient le rôle principal. Dans la bande son, on retrouve également deux groupes appréciés des connaisseurs : Circa Survive et Devil Sold His Soul.

Je voulais que le post-hardcore soit vécu en live, de façon diégétique, mais le reste de la bande son devait aller aux antipodes et enrichir le film. Julio Iglesias, Elvis Crespo ou Good Health (avec qui j’ai travaillé sur plusieurs films), sont venus tempérer les ardeurs rock et ajouter sensualité, douceur.