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Na Hong-Jin : "Et pourtant je suis chrétien ! "

Thriller haletant, violent, sanglant...  The Chaser a marqué une date dans le genre du film noir coréen, renforçant l'interêt des cinéphiles pour une cinématographie qui venait de choquer les foules avec Old Boy ou The Host. Na Hong-Jin raconte comment il a filmé moins un personnage qu'un "chien enragé"...

Pouvez-vous décrire votre parcours de cinéaste ?

Je suis né à Séoul. Mon père était soldat et après sa retraite, il a rejoint ma mère dans la culture des orchidées. Inscrit à la fac dans le département des arts appliqués, je voulais en fait devenir dessinateur de bandes dessinées. J’ai toujours aimé croquer les situations dont j’étais témoin. Raconter une histoire au fil des vignettes m’a donné envie de réaliser des films. C’est dans une boîte de production de films publicitaires que j’ai appris le métier d’assistant-réalisateur. Après quelques années, j’ai quitté ce métier et j’ai commencé à écrire un scénario. Je me suis alors inscrit dans une école de cinéma où j’étudie actuellement.

Le thème de The Chaser est très sombre et pessimiste. Quelle est votre conception du réalisme ?

Je crois que le réalisme est le moyen le plus efficace pour faire partager sa vision d’une histoire. Il me semble que c’est l’approche la plus intelligente.

Le héros est ici un proxénète. Il est plus efficace et motivé que la police pour retrouver la victime.

C’est un hommage à la tradition du film noir, où l'inversion des valeurs est presque devenue une convention, mais c’est également un constat de la dégradation de la société contemporaine.

Les deux interprètes principaux -le proxénète et le tueur- incarnent des personnages extrêmement différents. Comment les avez-vous dirigés l'un et l'autre ?

Les deux acteurs ont été choisis pour leur physique et l’expressivité de leur jeu. Ils incarnent parfaitement ce que je recherchais. Ce qui était capital, c’était le sentiment bestial qui devait se dégager d’eux, dès leur première apparition.

Quelle a été la plus grande difficulté technique rencontrée pendant le tournage et pourquoi avoir choisi le scope ?

Le plus difficile a été de tourner pendant de longues heures au coeur de la capitale, Séoul. Pour ce qui est du scope, j’avais très envie de filmer mes personnages en gros plan, mais aussi de les suivre caméra à l’épaule pendant les courses-poursuites.

Avez-vous disposé de moyens importants pour The Chaser par rapport à la moyenne des films coréens ?

Le film a été tourné en 85 jours sur 5 mois. En termes de budget et de jours de tournage, The Chaser doit être un peu plus important que la moyenne des films coréens, tous genres confondus.

Finalement dans le film il n’y a qu’une seule personne qui court réellement après le tueur. Souhaitiez-vous par là montrer l’incompétence de la police coréenne ?

Effectivement on peut l’interpréter dans ce sens. J’ai surtout souhaité montrer que chacun fait de son mieux. Ca peut faire sourire quand on voit le résultat… S’il y avait une critique, elle s’adresserait plutôt aux hommes quand ils agissent en groupe. Si Joong-ho avait été policier, il ne se serait pas autant investi pour retrouver Mi-jin.

Il y a beaucoup de symboles chrétiens dans le film, y a-t-il une raison particulière ?

Quand vous regardez Séoul la nuit, vous voyez des croix dans chaque quartier de la ville. Je voulais montrer qu’un meurtre pouvait très bien avoir lieu tout près d’un Christ en croix… Et pourtant je suis chrétien !

Pourquoi ne faites-vous pas avouer à Young-min le mobile de ses crimes ?

Je ne voulais pas donner trop d’importance aux motivations de Young-min. Je ne donne aucune indication sur son passé, rien qui permette de le comprendre. Même si durant l’interrogatoire le criminologue lui demande s’il est impuissant, je ne souhaitais pas que le spectateur ait une réponse. Les raisons habituellement avancées pour expliquer des meurtres en série sont un traumatisme remontant à l’enfance ou une déficience congénitale...

Ces explications ne me satisfont pas. Young-min est un chien enragé, il est né comme ça. Il se demande sans cesse s’il peut continuer à vivre ainsi, impunément, sans répondre de ses actes. Je pense que son état mental ne lui permet pas d’affronter le monde bien que je lui ai donné l’apparence d'un travailleur honnête au-dessus de tout soupçon.

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