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Philippe Noiret : "Je ne me moque plus des militaires..."

Pour son livre sur Bertrand Tavernier, Dominique Maillet a rencontré son fidèle acteur, Philippe Noiret. Celui-ci revient sur l'expérience de La Vie et rien d'autre, et sa confrontation avec le milieu militaire.

 

Philippe Noiret parle...

... de l’armée et de Dellaplane

" Je n’ai jamais eu un grand faible pour l’armée, mais c’est néanmoins un monde qui m’a toujours fasciné. Les militaires sont des personnages complètement hors du temps et cela devient encore plus frappant à notre époque. Je rencontre des officiers de la Légion qui viennent monter à cheval chez moi : ils ont un esprit, un comportement et une rigueur qui perdurent envers et contre tout, et si j’avais tendance à me moquer de tout cela à 20 ou 30 ans, ça n’est plus le cas aujourd’hui. Peut-être est-ce l’âge ou la notion que les choses ne sont pas si simples qu’on le croit quand on est jeunes... Toujours est-il que Dellaplane est un personnage qui me fascine : il est militaire jusqu’au tréfonds de lui-même mais il est aussi un révolté contre ce qu’il peut y avoir de révoltant dans l’armée : les parti-pris, la hiérarchie, les affaires classées une fois pour toutes, l’esprit de caste..."

... du scénario

"... C’est la première fois que j’ai lu un scénario sous forme de manuscrit ! Il faut dire que l’écriture de Jean Cosmos est tellement parfaite qu’elle est aussi lisible qu’une frappe de machine à écrire... Par contre, son texte est très difficile et très emmerdant à apprendre. D’habitude, je lis mes scènes la veille au soir et le lendemain, je les apprends avant de tourner ; avec Cosmos, impossible ou on est sûr de se planter ! Son texte — et ça n’est pas péjoratif dans ma bouche — est très écrit, construit et "travaillé" dirons-nous. C’est aussi une des qualités du film. Comme disait Ionesco : "on ne parlé pas platéen !" Il appelait "platéen" la langue de boulevard. Celle de Cosmos est maîtrisée et en même temps, donne une sensation d’époque, une notion de la classe des personnages, de leur niveau social, etc... En fait, chacun a son parler avec, en plus, dans le cas du mien, un langage très "professionnel". Pour dire à Sabine qu’au début de la guerre, on a reculé de vingt kilomètres, je lui dis : "... dans les premiers mois des hostilités, nous avons effectué un repli stratégique des lignes du front sur vingt kilomètres à l’intérieur des terres..." J’exagère, mais à peine ! Les rails vous contiennent, mais ils vous mènent également..."

... de Bertrand Tavernier

"... Je crois que Bertrand me connaît bien et que, comme Ferreri l’a fait avec La Grande Bouffe, il m’a deviné avant de me connaître. ... Bertrand est un auteur et un metteur en scène poétique : il demeure réaliste à travers le mélange de dramaturgie et de bouffonnerie qu’il reconnaît à la vie ! Les habitudes de Bertrand que je ne combats pas, loin de là, sont de faire passer dans du divertissement et du spectacle, non pas un message, mais quelques considérations morales ou autres sur la société ou les époques qu’il dépeint dans ses films."

 

Extraits du livre Philippe Noiret, Dominique Maillet - Éditions Henri Veyrier