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Pietro Marcello : "La relation entre l’homme et nature est peut-être le vrai thème universel de notre époque"

Pour évoquer l'Italie d'aujourd'hui, Pietro Marcello fait appel à la magie mythologique de son pays. En contraste de la lutte d'un jeune berger contre la destruction de valeurs culturelles, il porte à l'écran le voyage de Polichinelle et de son bœuf philosophe.

L’origine du film

Le projet s’est inspiré d’un livre écrit par Guido Piovene, Viaggio in Italia (Voyage en Italie aux éditions Flammarion, 1958), avec l’idée de faire un voyage à travers l’Italie du Sud vers le Nord.

En commençant le voyage en Campanie, dont je suis originaire, nous avons rencontré un berger, Tommaso Cestrone, et avons découvert un palais de la famille des Bourbon, abandonné depuis des siècles. L’histoire de ce berger qui s’occupait du palais et sauvait des buffles d’un destin tragique n’aurait dû être qu’un épisode du film. Mais, au milieu du tournage, Tommaso est mort et il m’a paru important de suivre son histoire dans ce film, à travers la forme d’un rêve, d’un conte contemporain.

Le Palais Royal de Carditello

L’histoire du Palais de Carditello est une histoire paradoxale, exemplaire de la schizophrénie de la société dans laquelle nous vivons, où l’on parle beaucoup de la protection des valeurs culturelles et environnementales tandis que ces valeurs sont détruites.

Au XVIIIème siècle, sous le règne des Bourbon le palais est une « ferme modèle », un centre d’excellence zoologique inspiré par le travail des scientifiques de l’Europe entière. Quand la Maison de Savoy leur succède, la gestion du palais est laissée à un écuyer de Casal Del Principe, un camorriste de l’époque, marquant ainsi le début d’un déclin qui perdurera tout au long du XXème siècle, voyant le palais devenir une planque pour le clan des camorristes de la région.

Pour toutes ces raisons, Carditello est un symbole de l’histoire complexe du pays : une terre qui a été longtemps très fertile et qui est remplacée aujourd’hui par un des plus grands lieux d’ensevelissement d’Europe.

L’homme et la nature : un thème universel

Le désastre environnemental qui a affecté la Campanie ressemble à beaucoup d’autres dans le monde, et la relation entre l’homme et nature est peut-être le vrai thème universel de notre époque.

Tommaso Cestrone était un berger, un homme simple qui adorait la beauté, qui savait comment la reconnaître mais qui n’était pas capable de l’exprimer. Pourtant, il avait un grand intérêt pour la nature, le même intérêt qu’il avait pour les animaux, ce qui est le fait d’une génération qui, bien qu’elle ne puisse pas tenir une discussion « environnementaliste », est devenue le seul bastion de la défense du paysage.

Le personnage de Sarchiapone, incarné dans le buffle, est en quelque sorte le symbole de cette relation écrasante de l’homme envers l’animal.

Bella e perduta est l’histoire des aventures de deux âmes humbles - l’homme, Tommaso, et l’animal, Sarchiapone -, mais c’est aussi l’histoire d’une rédemption à travers laquelle ces deux âmes se battent contre la malhonnêteté et la spéculation.

Polichinelle et le conte

Avant de devenir le personnage masqué de la Commedia dell’Arte que nous connaissons tous, Polichinelle, chez les étrusques, est un demi- dieu qui écoute les morts parler avec les vivants, portant des messages de la vie après la mort : notre Polichinelle est chargé d’emmener Sarchiapone, le jeune buffle sauvé par Tommaso juste avant qu’il ne meure, loin du Palais Royal.

L’écriture de ce conte s’est faite pendant le voyage, en fonction des lieux traversés et des gens qu’on a rencontrés. C’est un berger qui nous a suggéré une fin tragique et réaliste pour Sarchiapone : l’animal ne peut pas échapper à son destin de serviteur de l’homme. La mort frappe encore, cette fois ritualisée et sacrificielle, mais tout de même, survient la mort d’un animal.