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Sébastien Laudenbach : "L’animation a été faite sans penser aux voix"

Le réalisateur de La jeune fille sans mainsévoque le travail qui a été fait concernant le choix esthétique du film et aussi de la portée de son récit sur les enfants tout comme sur les adultes.

Est-ce que ce conte cruel avec fin heureuse peut s’adresser à un public de 7 à 77 ans ? Y avez-vous songé ?

Le film a été démarré de façon libre. Je n’ai pas seulement pensé au public, alors. Mais je crois que ce conte s’adresse à tous. Les thèmes du film : le corps, l’émancipation et l’amour sont des choses qui intéressent les enfants. Ils n’ont pas de jugement moral. Et si ils ont peur du diable, le sang ne les effraie pas. Ils ne sont pas choqués non plus par la nudité. Tout est dessiné, rien n’est vrai, on est dans la métaphore. Les enfants le ressentent, les adultes le comprennent.

Une jeune femme qui s’émancipe, des hommes tourmentés... La jeune fille sans mains serait-il le récit d’une opposition des sexes ?

Il y a une tentative de mainmise des personnages masculins sur la jeune fille. Ils souhaitent la retenir à la maison, ne voient pas qu’elle a besoin d’être elle-même. Le père est possédé, le prince charmé. Les mains en or, cadeau du prince, ne sont que la réplique de la chambre en or, cadeau du père. Mais il y a plutôt incompréhension qu’opposition. Lorsque la jeune fille retrouve enfin son prince, l’amour partagé peut se vivre. Devenue autonome, elle ne refuse pas cet amour sincère. Une femme libre n’est pas une femme seule.

Avec des protagonistes en quête d’eux-mêmes, le choix esthétique d’un dessin fragmenté s’impose-t-il naturellement ?

Cette esthétique découle naturellement de la fabrication et non d’une réflexion sur les personnages. Mais ce point de vue est intéressant, car il y a eu une sorte de fusion entre mon personnage principal et moi-même. Et ce film, sous cette forme, est arrivé à un moment très singulier de ma vie, c’est un tournant personnel. Etant moi-même en quête de quelque chose pour les années à venir, il est certain qu’il n’y a pas de hasard à ce que ce film adopte cette forme.

Votre casting voix est éclectique, comment l’avez-vous constitué ? Avez-vous lié travail avec les acteurs et fabrication de l’animation ?

L’animation a été faite sans penser aux voix. Pour la jeune fille, j’ai posé des voix de comédiennes sur un plan. En le montrant autour de moi, on m’a toujours désigné Anaïs Demoustier. En imaginant Jérémie Elkaïm pour le prince, à cause de sa voix douce, je ne savais pas qu’il formait un couple avec Anaïs. Coïncidence. Pour les autres, ce sont le timbre, l’accent, les choix de carrière. Sacha Bourdo et Elina Löwensohn jouent les alliés de la jeune fille. Je voulais qu’ils viennent d’ailleurs. Sacha est russe, Elina roumaine, cela colore les dialogues, volontairement très stylisés.

 

Propos recueillis par Francis Gavelle