Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Tetsuya Mariko : deux films qui frappent fort

Si le cinéma japonais brille aujourd’hui par le cinéma de Kore-Eda et Hamaguchi, et leurs chroniques intimistes inspirées par Ozu, il est également traversé par une veine plus souterraine, à la fois radicale et ultraviolente, qui irait de Koji Wakamatsu à Takashi Miike. Cet été, deux films inédits en France sont sortis en salle grâce à Capricci et nous laissent face à une évidence: un nouveau nom du cinéma japonais est à placer aux côtés de Miike et Sono Sion, celui de Tetsuya Mariko.

Destruction Babies (2016)

Le fracas des dissonances punk de la musique introductive annonce la radicalité et la brutalité du long-métrage qui va suivre. D’un minimalisme déroutant, Destruction Babies suit Taira, un jeune paumé qui déambule dans la ville de Matsuyama, en frappant et se bagarrant avec toutes les personnes qu’il croise. Sur ses origines, ses motivations, sa personnalité, nous ne connaîtrons rien. Il n’est qu’une figure opaque, un pur agent de violence qu’il déverse partout autour de lui. Le film rappelle moins la violence stylisée et jouissive d’un Tarantino, que la violence froide et répétitive d’un film comme Elephant d’Alan Clarke, qui nous montrait en plans fixes une succession de meurtres à bout portant. Dans Destruction Babies, la mise en scène est tout aussi minimaliste que la narration : des plans longs, larges et fixes, qui cadrent des groupes d’individus dans les rues nippones. L’apparition d’un point bleu dans le fond du champ fait tout d’un coup basculer le plan dans une effluve de violence. La répétitivité et la simplicité du film interdisent le spectaculaire et interrogent notre regard de spectateur, en créant une distance critique vis-à-vis de la brutalité. Les quelques personnages secondaires - tour à tour fascinés, ennuyés et fatigués - dédoublent notre place de spectateur et mettent en question la fascination morbide, qui nous pousse à vouloir voir des crimes toujours plus atroces au cinéma.

 

Becoming Father (2019)

Si ce deuxième long-métrage est en apparence plus conventionnel dans sa narration, il demeure un objet complètement barré, en suivant l’histoire d’amour d’un anti-héros bête et hystérique. Véritable punching-ball humain, qui perd progressivement ses dents au fil du récit, ce protagoniste cherche à conquérir et affirmer une masculinité, qu’il ne conçoit que comme une épreuve de force et de violence. Enjeu central du film, la toxicité masculine est au cœur d’une scène particulièrement éprouvante, qui fait basculer la romance presque naïve du début en récit de vengeance brutale. Ce récit d’apprentissage, sous-entendu dès le titre du film, n’a peur d’aucun excès et culmine en une scène de bagarre absolument inédite et sidérante, confinée dans une cage d’escalier tout en haut d’un gratte-ciel.

 

 

Robin Vaz

Vous avez un bloqueur de publicités activé.
Certaines fonctionnalités du site peuvent être perturbées, veuillez le désactiver pour une meilleure expérience.