Nouvelle année, nouveau top de l’année écoulée. C’est donc l’heure du traditionnel classement de nos coups de cœur de l’année 2025. Originalité de ce millésime : les débats ont été tellement passionnés et les votes tellement serrés que nous n’avons pas pu choisir et départager toutes les œuvres vues au cinéma par l'équipe en 2025. Place donc cette année à un Top 11, avec deux films ex-aequo à la dixième place !
10 ex-aequo : Sorry, Baby (Eva Victor)
Premier long métrage d’Eva Victor, Sorry, Baby aborde de manière intime les conséquences de l’agression sexuelle. Tout en délicatesse, la cinéaste choisit la distance formelle et refuse les clichés pour rappeler que la violence n’a pas à être le moteur d'une narration - ni celui d’une vie. Car c’est dans les respirations, les rires et les rencontres que Sorry, Baby laisse éclore sa véritable lumière pour mieux recomposer, doucement, ce que l’autre a fracturé, derrière les portes closes. Prix Waldo Salt du meilleur scénario à Sundance 2025.
10 ex-aequo : Évanouis (Zach Cregger)
Une nuit, à 2h17 très précises, tous les enfants d’une classe ont quitté leur lit et leur maison et disparu. Tous sauf un. Zach Cregger (Barbare) transforme ce high concept horrifique en thriller choral captivant. Instillant une tension croissante, décuplée par des scènes de pure épouvante, Évanouis est un des succès horrifiques de l’année, qui propulse son personnage de Tante Gladys au panthéon des grands méchants du cinéma d’horreur.
9. Left-Handed Girl (Shih-Ching Tsou)
Première réalisation en solo pour Shih-Ching Tsou, la productrice de Sean Baker (co-scénariste du film), Left-Handed Girl puise dans les souvenirs de l’enfance de la cinéaste pour recréer le tourbillon de Taipei, entre lumières criardes, bruits de klaxon et mouvement perpétuel. De la pure comédie au drame social et familial, Left-Handed Girl dégage une énergie fulgurante, portée par une mise en scène qui se fait l’écho des émotions de ses personnages. Un portrait de femmes touchant et complexe, porté par un trio d’actrices exceptionnel, la jeune Nina Ye en tête. Disponible le 15 janvier.
8. L’Agent Secret (Kleber Mendonça Filho)

L’Agent secret confirme le talent de Kleber Mendonça Filho (Bacurau, Aquarius...) pour transformer le cinéma de genre en puissante réflexion politique. Entre thriller d’espionnage, film de gangster, récit historique et film gore, le film croise les genres pour mieux retranscrire la complexité du Brésil des années 1970 gangréné par la surveillance et la peur. Une œuvre ample et maîtrisée, qui déploie intrigues et personnages secondaires et aligne intelligemment les références au cinéma, Les Dents de la mer en tête.
7. Mémoires d’un escargot (Adam Elliot)
Avec Mémoires d’un escargot, Adam Elliot (Mary et Max) poursuit son œuvre singulière en stop-motion, mêlant humour noir et tendresse. Conçu intégralement à la main, ce récit à hauteur de marginaux interroge avec poésie la différence, le deuil et l’art de se réinventer. Une fable mélancolique et lumineuse, animée image par image, comme un refuge contre la norme.
6. The Ugly Stepsister (Emilie Blichfeldt)
Jusqu'où ira l’une des sœurs maléfiques du conte pour être plus belle que Cendrillon ? The Ugly Stepsister analyse avec maestria l’obsession de l’image et du paraître dans une excellente révision moderne mais en costume du classique de Charles Perrault. Une direction artistique, une lumière et une interprétation exceptionnelle, mais aussi un sens de l’humour et de l’exubérance font de ce premier film une excellente surprise.
5. Des preuves d’amour (Alice Douard)

Un couple lesbien attend son premier enfant, mais Céline n’est pas enceinte et cherche sa légitimité. Avec Des Preuves d'amour, Alice Douard signe un premier long-métrage drôle et délicat, inspiré de son expérience personnelle d'adoption. Porté par l'alchimie entre Ella Rumpf et Monia Chokri, le film offre un regard frais sur la parentalité en général, rythmé par les maladresses de l'entourage du couple lesbien. Un hymne fédérateur, dans lequel les corps circulent dans des paysages urbains baignés d’une lumière douce.
4. Sinners (Ryan Coogler)
Ryan Coogler (Creed : L'Héritage de Rocky Balboa, Black Panther...) délaisse ici le blockbuster grand public pour un film plus modeste. Doté d’un important budget néanmoins (90 millions de dollars) et produit par Warner, Sinners porte en lui toutes les velléités de genre de son auteur, qui fusionne le film de vampires avec une allégorie sociale et culturelle. Porté par des scènes musicales aussi surprenantes qu’ambitieuses, Sinners est une véritable expérience de cinéma, un spectacle jubilatoire comme Hollywood en propose rarement.
3. Black Dog (Hu Guan)
Hu Guan (La Brigade des 800) filme une Chine périphérique oubliée par le progrès, où la solitude des êtres résonne avec celle des lieux. À travers la trajectoire d’un homme mutique, en retrait du monde, le cinéaste laisse peu à peu émerger une forme de tendresse, dans un paysage d’isolement et de poussière. Porté par la présence intense d’Eddie Peng, Black Dog dessine un chemin de rédemption aussi brut que touchant. Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024.
2. Une Bataille après l’autre (Paul Thomas Anderson)
Après Inherent Vice en 2014, Paul Thomas Anderson adapte librement un nouveau roman de Thomas Pynchon, Vineland. En résulte le film le plus ambitieux de son auteur, une fresque de 2h40, à la fois politique et intime, dotée d’un budget de 130 millions de dollars. Un morceau de bravoure qui s’attaque directement à l'Amérique de Trump, porté par un casting au diapason, de Sean Penn à Leonardo DiCaprio, en passant par la révélation du film, la jeune Chase Infiniti. Disponible le 22/01.
1. Sirāt (Oliver Laxe)
C’est un véritable plébiscite pour la sensation cannoise d’Oliver Laxe qui domine ce top 2025. Road trip halluciné et hallucinatoire aux références multiples (Mad Max : Fury Road, Gerry, Le Salaire de la peur...), Sirāt hypnotise par sa mise en scène sensorielle et son souffle mystique. Une fuite en avant rattrapée par l'ombre de la mort, pour un film aussi radical qu’inattendu, auréolé du Prix du Jury au Festival de Cannes. Disponible le 23/01.






