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Travis Mathews : " Le "Cruising" de Friedkin est comme un paratonnerre"

L'un jouait l'ennemi juré de Spider-Man pendant que l'autre tournait un film d'amour gay avec scènes de sexe explicite (I Want Your Love). James Franco et Travis Mathews se sont retrouvés autour des séquences  supposées manquantes du Cruising de Friedkin, thriller new-yorkais sur le milieu SM gay. Travis Mathews raconte le tournage d'Interior. Leather Bar, film hybride et provocateur à la recherche de scènes perdues.

Comment avez vous rencontré James Franco et monté ce projet ?

Durant l’été 2012, mon premier film I Want Your Love tournait sur plusieurs festivals de cinéma et attirait l’attention grâce à la manière dont j’introduis des scènes de sexe gay non simulés dans mes films. Au même moment, James était intéressé par un projet qui revisitait le film Cruising de William Friedkin. Le but n’était pas d’en faire un remake mais plutôt de l’utiliser comme tremplin pour en faire autre chose.

Qu’est ce qui vous a fascinés dans Cruising ?

Une des choses que nous avons trouvé les plus intéressantes à propos de Cruising, c’est la façon dont s’est répandue la rumeur selon laquelle William Friedkin aurait détruit 40 min d’images afin d’éviter d’être classé X. Ces 40 minutes sont censées avoir été détruites, que ce soit vrai ou faux, elles n’ont en tout cas jamais été projetées publiquement.

Donc pourquoi ne pas réinventer ces 40 minutes qui ont été perdues ?

Nous sommes partis de là. A ce moment je croyais toujours importants d’intégrer dans le film toutes les idées métaphysiques que j’avais pour frapper fort. En fin de compte nous avons estimé qu’il était plus logique de façonner le film autour de la production et de la réalisation car cela nous permettait d’avoir la liberté nécessaire de confronter ces idées à James et de créer une histoire autour de l’acteur Val Lauren, qui permet un parallèle avec Cruising inattendu.

Si nous avions voulu faire quelque chose de très stylisé et soigneusement mis en scène, nous n'aurions pas obtenu un film de plus de 10 minutes en 4 semaines de tournage. Finalement, le film est une combinaison de ce qui est ostensiblement derrière la caméra et les scènes qui sont le film-­dans-­le-­film et qui font partie des supposées 40 minutes réinventées.

Comment s’est déroulé le casting ?

J'ai trouvé les acteurs de deux façons différentes. L'un d'eux, Brenden Gregory, travaillait avec moi sur la version courte de I Want Your Love en 2010. Je savais qu’il vivait à Los Angeles et je voulais avoir la chance de travailler de nouveau avec lui. Je l’ai donc contacté, et lui et son compagnon dans la vrai vie, Bradley Roberge, ont pris part au projet.

Brenden était un peu réticent au début car il voulait que son rôle d’acteur soit pris au sérieux et il ne voulait pas d’un autre film où il aurait à se dénuder. Nous avons mis fin à cette discussion, sachant tous les deux que nous avions besoin de ces scènes, et nous n’en avons pas reparlé avant le premier jour du tournage. C’était un autre aspect du film qui était à la fois réel et mis en scène.

Nous avons été filmés en train de travailler, c’était dans la première version du film, mais maintenant ça n’apparaît que dans les bonus du DVD. Nous avons également effectué un casting chez Playhouse West, l’agence dans laquelle James Franco a fait ses débuts. Je n’avais jamais fait de casting de ce genre avant, (j’avais participé à des castings, mais jamais de cette envergure).

La seule chose que les candidats savaient était que c’était un projet dans lequel James Franco était impliqué dans une scène de bar gay. Il devait y avoir environ 50 mecs qui participaient au casting, ils se sont tous assis dans des sièges de théâtre, et Iris Torres, l’un des producteurs, m’a donné la parole pour présenter le projet.

Dès que j’ai abordé les particularités du film, un bon tiers de la salle avait quitté la pièce. Je ne demandais à aucun des mecs d’avoir des relations sexuelles. Ils allaient tous être des figurants pour la scène de bar, mais je leur demandais d’être dans un espace où des personnes forniqueraient à leurs cotés. Pour ça, j’avais besoin de savoir à quel point ils étaient à l’aise avec l’idée d’embrasser ou de toucher un autre homme dans un endroit supposé être un bar fétichiste.

Ce que nous avons fini par faire a été de placer différentes personnes aux différents coins de la salle, en fonction de leur facilité à interagir avec un autre homme et être proche des scènes de sexe.

Quelles sont les références que vous avez empruntées à Cruising ?

Une des choses que je savais à propos de Cruising c’est que son histoire est comme un paratonnerre pour beaucoup de gens. J’avais revu Cruising quelques mois avant que James ne me contacte, et je l’ai revu de nouveau immédiatement après ça…

Je continue de penser que si vous visionnez les seules scènes de bar gay, (oubliez cette histoire de meurtre, oubliez même Pacino) ce film est vraiment un document intéressant et important du New York gay, la sous-culture cuir aux mains du SIDA.

On ressent cette ambiance car, selon certaines personnes ayant participé aux scènes de bar gay originales, Friedkin encourageait ses figurants à occuper l’espace, qui était un vrai un bar gay SM, comme si c’était une nuit comme les autres. Donc les gens buvaient, fumaient, fumaient de la marijuana, prenaient des poppers, et selon beaucoup de témoignages, beaucoup ont eu de vraies relations sexuelles. Je pense que c’est pour cela que ces scènes ont un côté documentaire.

Comment avez vous filmé les scènes de sexe ?

Vous savez, je n’ai jamais pensé que je serais célèbre pour mes scènes de sexe. Ca peut paraître stratégique mais c’est juste arrivé comme ça. J’ai toujours voulu raconter des histoires que je ne voyais pas au cinéma, celles qui sont honnêtes, intimes et partent dans des directions différentes… Et finalement cet intérêt s’est exprimé par le sexe.

Il y a tellement d’histoires différentes qui peuvent être contées au travers des corps et des rapports sexuels. Il a beaucoup de possibilités sous-estimées pour explorer un personnage et une histoire au travers du sexe.

Filmer des scènes de sexe permet de revenir aux sources, comme faire confiance, donner de la place aux acteurs, les respecter en tant qu’individu, et surtout, les mettre en valeur autant que possible.