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Un été comme ça : trois femmes puissantes

Trop rapidement passé en salle au cœur de l’été, le quinzième long métrage du réalisateur québécois Denis Côté arrive sur UniversCiné. L’occasion de découvrir un film d’une extrême finesse, porté par trois magnifiques actrices, qui explore des désirs qui dévorent et déjoue les regards portés sur la sexualité féminine.

Tout est parfait à première vue. Un petit coin de nature isolé, une saison radieuse et un temps strict de repos. 26 jours pour trois jeunes femmes, Geisha, Léonie et Eugénie, venues apaiser leurs souffrances et tenter de comprendre un rapport fébrile au sexe. Cadre idéal, donc. Un cadre dont elles sont d’abord exclues dans l’ouverture, qui voit la responsable du programme et Sami, le travailleur social, détailler le principe de ce séjour et les règles de la maison, au côté de la thérapeute, silencieuse. Lancés vers le hors champ, on devine que les œillades et les sourires de l’équipe sont dirigés vers elles trois. Cernées du regard par un encadrement qui s’impose doucement, elles vont s’évertuer à y échapper, tout en se dévoilant. Et le film, dont on pouvait croire qu’il situerait son enjeu dans une forme quelconque de guérison, de prendre la tangente avec elles, une fois qu’elles y entrent. C’est l’essence lumineuse du film et de ses personnages. Dans son titre, qui neutralise l’attente et l’exceptionnel de ce séjour, et son ouverture doucereuse affleure déjà le sublime échec dont Un été comme ça fait le récit.

Par ce parti pris, le film ne dit pas pour autant que toute thérapie est inutile, ni ne fait l’apologie d’une sexualité extrême. Avançant sur un fil aussi mince qu’intelligent, il nous conduit au contraire à regarder Geisha, Léonie et Eugénie en tant que femmes, certes assujetties à leurs douleurs mais vivantes et désirantes avant tout. Leurs traumas ne les enferment pas dans un rôle de victimes, ne les résument pas en tant que patientes ou objets d’étude, ce que voudrait le programme, fruit d’une collaboration entre plusieurs universités. Pas question non plus d’en minimiser l’impact et de raconter une résilience ensoleillée. Les souffrances, palpables à l’image et dans la chair des personnages, sont rendues dans toute leur noirceur et leur violence. Pour donner corps à la finesse vertigineuse de ces trois femmes, il fallait ces trois actrices – Larissa Corriveau, Aude Mathieu et Laure Giappiconi – qui puisent dans leurs expériences de théâtre une science fauve du corps et du mot.

Suivant la logique de son regard, Denis Côté fait progressivement fondre la frontière aperçue dans l’ouverture entre le trio et les encadrants : le temps d’une « permission », on découvre les failles d’Octavia, la thérapeute, tandis que plus tard, Sami, roc bienveillant et opaque jusque-là, se livre au détour d’une conversation. Tous fêlés, faillibles, avec plus ou moins d’intensité. Le film chemine ainsi 2h20 durant vers cette égalité entre les personnages, jamais surplombés, achevée par un dernier dîner dans lequel on mesure tout ce qui s’est noué, mine de rien, entre eux, à la fin d’un temps suspendu. « Pas de gros drames, pas de mutineries » conclut Sami, ce qui vaut aussi pour l’itinéraire subtil d’Un été comme ça et la justesse discrète de Denis Côté.

Pierre Commarmond

Retrouvez la filmographie de Denis Côté par ici.

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