VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT
VS EN ATTENDANT LA NUIT

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, d’Ariane Louis-Seize arrive sur UniversCiné tandis qu’En attendant la nuit, de Céline Rouzet est toujours en salle. Deux premiers long métrages de fiction francophones, l’un québécois, l’autre français, salués par la critique (Prix de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise dans la sélection Giornate degli autori pour le premier et Prix du Jury à Gérardmer pour le second) qui traitent de la figure du vampire adolescent, en empruntant autant aux codes du film d’horreur qu’à ceux du teen movie.

Après le vampire classique effrayant à la Nosferatu ou Dracula, véritable miroir des peurs de leur époque, à la figure érotique du vampire séducteur (le Dracula de Coppola, Entretien avec un vampire, retour sur deux films qui, en miroir, renouvellent cette figure classique du cinéma d’épouvante pour nous présenter sa version adolescente et ses nouveaux enjeux.


Sang neuf

Dans la lignée des films Morse et A girl walks home alone at night, Ariane Louis-Seize et Céline Rouzet ont toutes deux choisi d’aborder toutes deux dans leur films le vampire sous le prisme de l’adolescence et du passage à l’âge adulte, moment-clé où l’individualité se forme en dehors du cercle familial, au fil des rencontres avec autrui et de la découverte du monde extérieur. Un moment parfait en somme, pour croiser et confondre la solitude et les questionnements de l’adolescence avec ceux du vampire.

Dans Vampire humaniste…, le développement tardif de Sasha (Sara Montpetit, découverte dans Falcon Lake) inquiète sa famille de vampires : ses dents ne sont toujours pas sorties. Quelques rendez-vous médicaux plus tard, une fois que ses attributs vampiriques apparaissent enfin, sa famille est confrontée à un autre problème : l’empathie et la compassion de Sasha l’empêchent de se nourrir. Refusant d’embrasser sa nature de vampire et de tuer des humains, Sasha se nourrit de poches de sang fournies par sa famille…

Une image frappante, qui apparaît également dans le film de Céline Rouzet. Le réfrigérateur de la famille de Philémon est rempli de poches de sang frais, fourni par sa mère au moyen de prises de sang régulières. Le jeune vampire ne se nourrit pas pour sa part en buvant le sang prélevé, mais via des perfusions, sa famille essayant de ne pas éveiller son appétit vampirique qui pourrait venir avec le goût du sang…

Famille je vous aime (ou pas)

Si la famille de Sasha est composée de vampires centenaires - l’adolescente affiche elle-même 68 ans au compteur - les parents et la sœur de Philémon ne sont pas des vampires mais de simples humains. Pour autant, tous sont unis autour de la condition de leur fils et frère - le mot vampire n’est ici jamais prononcé. Philémon est au centre des décisions de la famille, du choix du travail de sa mère jusqu’à celui du petit lotissement tranquille où la famille emménage pour se faire discrète. Sa mère (Elodie Bouchez) se saigne littéralement aux quatre veines pour lui fournir du sang frais, avant de prendre un poste d’infirmière au don du sang, dans le but de déclasser et détourner des poches pour nourrir son fils.

Cette famille soudée intègre paradoxalement davantage le vampire, sa pathologie et sa différence, que celle de Sasha, qui ne comprend pas - à l’exception de son papa poule - ses réticences à se nourrir d’humains. Une différence symbolisée par les personnages de mères des deux films : alors que celle de Philémon lui a donné son sang pendant des années et prend des risques sur son nouveau lieu de travail, celle de Sasha refuse la charge mentale, déclare qu’elle ne veut pas “chasser pour toute la famille pendant 200 ans” et envoie sa fille vivre chez sa cousine pour la rendre plus autonome.

Allégorie de la maladie et de l’altérité, le vampirisme comme pathologie d’En Attendant la nuit puise dans l’expérience personnelle de sa réalisatrice et met en scène des parents qui surprotègent et couvent leur fils du fait de sa différence. A l’inverse, Vampire humaniste creuse davantage la question de l’inné et de l’acquis, du déterminisme, de la prise de distance d’avec sa famille et de l’affranchissement de son milieu, à travers, notamment, les rencontres extérieures.

D’amour et de sang frais

Loin de la figure érotique et transgressive du vampire classique, les deux films creusent la thématique de la rencontre amoureuse adolescente et du premier amour. Dans Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, Sasha rencontre Paul, un jeune garçon mal dans sa peau et suicidaire. Une proie rêvée pour la jeune vampire qui ne veut faire de mal à personne, sauf si la victime est consentante. Par le prisme de la comédie à la fois grinçante et touchante, Ariane Louis-Seize traite l’innocence et le malaise du premier amour, incarnés à merveille par Sara Montpetit et Félix-Antoine Bénard. Le film file la métaphore de la première morsure comme celle de la première fois, gauche et maladroite, dans la chambre de Sasha.

Dans En Attendant la nuit, un autre couple, Philémon et Camila (Mathias Legoût Hammond et Céleste Brunnquell) peine à exister, entre la bande d’ados hostile au nouveau venu et la condition de Philémon, qui ne peut pas s’exposer au soleil et commence à ressentir l’envie de boire du sang. Difficile de paraître normal et de s’intégrer dans ces conditions, surtout lorsque Philémon, dans une scène-clé, cède à une pulsion et lèche le sang de Camila à même sa blessure, devant tout le groupe d’ados.

Avec La Morsure (de Romain de Saint-Blanquat, sorti en salles le 15 mai), Vampire humaniste cherche suicidaire consentant et En Attendant la nuit marquent le retour du film de vampire dans le cinéma de genre francophone. Et ce n’est pas un hasard si ces jeunes cinéastes choisissent de mettre en scène des vampires en pleine adolescence, période de transition entre l’enfance et l’âge adulte qui paraît s’éterniser, comme la vie du vampire. Cette nouvelle génération de vampires, loin des archétypes effrayants du cinéma d’horreur, s’avère un formidable terrain de jeu pour évoquer la difficulté de trouver sa place dans sa famille et dans le monde et de mettre en scène cette solitude adolescente, que certains arrivent à conjurer, et d’autres, non.

© Images tous droits réservés : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant : Wayna Pitch, En Attendant la nuit : Tandem.

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