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Vincent Lannoo: " Ce film n'a pas été fait contre la religion catholique ou même l’Église ..."

Récompensé par plusieurs prix, Au nom du fils de Vincent Lanoo relate l'histoire d'une femme qui a consacré sa vie à l'Eglise et qui se confronte au silence de cette dernière lorsqu'elle apprend que son fils de 14 ans a été abusé. A travers les actes vengeurs d'Elizabeth, le réalisateur offre une comédie noire qui dérange, portant une estocade franche aux non-dits qui perdurent dans l'Eglise.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse du projet. Pourquoi cette histoire ?

J'ai été interpellé par la succession de scandales qui ont secoué l’Église en Belgique, comme ailleurs, aux États Unis par exemple. Même si les média en ont parlé, j'avais l'impression d'une omerta: un silence du monde religieux, un silence judiciaire, sans remise en question. Il y a un mutisme assez dérangeant autour du monde ecclésiastique. Quand on est spectateur de tout cela, on a envie d'en parler. Je n'ai pas la foi et ça m'intéressait de découvrir le phénomène, d'aller fouiller dans des magazines et les citations bibliques. Outre cela, le but de mon film était de montrer que ceux qui vivent leur foi aveuglement peuvent finir par déraper.

Vous avez travaillé ce scénario avec Philippe Falardeau (Monsieur Lazhar, Congorama}. En quoi son expérience a pu vous être utile ?

Premièrement, le fait de co-écrire avec Philippe, c'est le symbole d'une très longue amitié. Nous prenons un vrai plaisir à travailler ensemble. Deuxièmement, Philippe est un écrivain incroyable qui m'a apporté une grande aide. Nous avions déjà eu ensemble des discussions autour de la foi. Philippe a baigné dans sa jeunesse dons un univers très catholique.

Au Québec, les catholiques ont eu énormément de pouvoir jusque dans les années 80. La loi autorisant les femmes à entrer seules dans un café date seulement de 1981. La fin de l'obscurantisme dons cette région date de la fin des années 70, Philippe a vécu tout cela quand il était adolescent alors qu'en Belgique, cela faisait déjà partie du passé. Pour ma part, ¡’ai été élevé dons une famille très catholique mais je m'en suis détaché.

Quelle était l'ambiance sur le plateau de tournage ?

C'était un bonheur quotidien, J'ai pu avoir une proximité incroyable avec les comédiens comme avec l'équipe technique. Nous avons ri ensemble mais aussi eu peur ensemble. Lorsqu'il y avait un problème, nous galérions de manière soudée et un anime. Une très belle expérience humaine. Le sujet n'a pas posé de souci. Au contraire, il nous a rassemblé, croyants et non-croyants. Chacun avait son anecdote et son avis sur la question.

Êtes-vous conscient d'avoir fait un film « dérangeant »? Un film qui bouscule les croyances mais qui reflète également l'actualité.

Nous en avons été conscients dès l'écriture du scénario et en met­tant en place la production. On savait que cela dérangerait mais on ciblait quelque chose de juste. Je pense que les gens ont envie que l'on en parle. Maintenant, je ne sais pas à quel point le fait d'être dérangeant aujourd'hui empêche une œuvre d'exister...

Ne craignez-vous pas Pire de l’Église ?

L’Église belge a suivi le film dès le tournage et toutes les églises nous ont été interdites.

Quant aux fidèles eux-mêmes, beaucoup sont déjà venus voir le film en festival et les échos ont été plus que positifs. Nombreux sont ceux qui espèrent que le monde religieux soit plus ouvert et sorte du mutisme. Ce film n'a pas été fait contre la religion catholique ou même l’Église, il a été créé pour critiquer le silence de l'institution religieuse sur des fois honteux qui ne doivent plus être couverts.

L'histoire n'est pas dénuée d'humour alors que le sujet est tragique. Pouvons-nous parler de cynisme ou avez-vous simplement voulu alléger les faits ?

L'humour peut faire passer bien des messages. Faire un film sur la pédophilie dans l’Église tout en restant ironique, c'était notre pari. Dans Inglourious Bastardsde Quentin Tarantino, on aborde le sujet extrêmement grave de la « chasse aux juifs » mais on arrive à rire. Nous avions envie d'aborder le film sous cet angle- là. Il ne faut pas aller le voir en ayant peur du sujet.

On le remarque à l'écran, vos personnages sont tous « extrêmes ». Pourquoi avoir choisi de nous présenter des personnes de cet acabit plutôt que des gens « normaux » ?

Au cinéma, on essaie de nous montrer des gens normaux mais ils n'existent pas dans la réalité. Le cardinal radical que l'on aperçoit dons mon film n'est pas anormal, c'est juste un porosité de la manifestations contre le mariage homosexuel en Fronce, on se dît que ce n'est pas possible, que ce ne sont pas des gens normaux. Ce sont des rassemblements homophobes que l'on imaginait impensables de nos jours, pourtant ils existent.

On voit évoluer dons le récit une milice paramilitaire chrétienne, des groupes plus ancrés en Amérique du Nord qu'en Europe, Pourquoi avoir fait ce choix ?

Nous souhaitions aborder les extrémismes religieux de manière large. Toutes les religions sont concernées. Contrairement à ce que l'on croît, ce type de milice existe également en Europe. Pas dans la caricature que je présente dons mon film, mais cela existe bel est bien. Cependant, on n'en parle pas chez nous. C'est moins caché aux États-Unis, le documentaire Jésus Camp sur des dingues qui préparent leurs enfants à une guerre sainte en étant convaincus que les autres le fort aussi, c'est une réalité.

Après Little Glory, vous prolongez votre collaboration avec Astrid Whettnall en lui offrant cette fois le premier rôle. Qu'est-ce que vous aimez en elle ?

Plusieurs choses m’envoûtent chez elle. Pour commencer, c'est la personne la plus généreuse que j'ai pu rencontrer. Je pense également que c'est une personne très attentive, très facile à diriger sur un plateau de tournage. Elle est précise dans son jeu tout en étant capable de se lâcher complètement. Elle dégage quelque chose de fort, elle capte l'attention, elle capte l'écran, elle m'émeut, elle est capable de me faire rire comme personne. Je rêve d'ailleurs de foire une comédie avec elle. C'est une actrice exceptionnelle.

Le personnage d’Élisabeth est-il extrémiste ?

Oui. Lorsqu'elle s'attaque aux hommes d'église, je ne lui donne pas raison. Je n'aime pas les super-héros. Je pense que le super- héros est souvent un super-fasciste. Elle part dans une quête que l'on peut croire juste mais, ou final, elle ne l'est pas.