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Vincent Macaigne : "Le temps ne nous apprend rien..."

Omniprésent dans les courts et longs des jeunes cinéastes français (La Bataille de Solferino, La Fille du 14 juillet, Les Lézards, I'm your man...), Vincent Macaigne tient l'un des trois rôles principaux du premier long-métrage de Louis Garrel, Les Deux amis. Il y a quelques mois, il évoquait avec nous son travail incessant d'acteur et metteur en scène mais encore Christophe Colomb, les X-Men et la fuite du temps.

Guillaume Brac dit qu’il a écrit pour vous. Avez-vous suivi de près l’écriture du scénario de Tonnerre, êtes-vous intervenu ?

Guillaume est vraiment un auteur, il écrit par rapport à sa propre histoire, son univers mais comme on se connaît très bien, depuis longtemps, sans doute que ça se mélange. Il n’empêche, c’est vraiment son univers qu’il développe, il n’y a pas un pot commun ! Quand je suis acteur pour lui, je reste à ma place d’acteur. Je suis une matière, comme les autres... Il ne m’a jamais invité au montage par exemple. Il me tient au courant de ce qu’il écrit mais pas pour que j’intervienne, juste parce qu’on se voit souvent.

Comment avez-vous appréhendé votre personnage ?

Je ne crois pas que ça existe vraiment un personnage, en fait. Guillaume a écrit un film, qui est une parole. Et la question est de savoir comment dire cette parole, même si mon personnage n’est justement pas très bavard ! Mon travail est moins une question de personnage que d’énergie par rapport à une histoire, d’empathie envers un sentiment humain, et celui qui l’a exprimé.

On a beaucoup lu le texte, répété. Il faut du temps pour comprendre ce que l’on a à faire, être ensemble, parler la même langue. Que les pensées fusionnent est beaucoup plus important que la notion de personnage. Celui-ci émerge parce que Guillaume met des cadres, indique des directions, choisit des costumes, demande une tenue dans le jeu qui correspond au temps propre de son film. Il me met dans un certain état, à un endroit qui change mon rythme de parole, mon énergie. Et vice-versa. On ne fait pas un film pour faire un film mais pour se faire bouger les uns les autres. C’est pour ça qu’il est juste à l’arrivée. Il ne vient pas de nulle part mais de cette intimité.

Maxime est rockeur mais au final, cette caractéristique le définit peu...

Contrairement au type que j’interprétais dans Un monde sans femme, Maxime est défini socialement mais effectivement, cela compte peu car il est justement coupé de son milieu le temps du film. On comprend qu’il est un peu connu à Paris mais on n’en sait pas plus. Mélodie aussi est à un moment assez flou. Elle est en stage, elle commence sa vie. Pour le rôle, j’ai pris des cours de guitare et de chant. La guitare, ça allait mais ça n’a pas été une grande réussite en terme de chant.

Ça fait quoi d’être doublé ?

Quand j’ai vu le film, je ne m’en suis pas rendu compte, j’ai cru que c’était moi ! Et je trouvais que je ne chantais pas si mal finalement... Tout le monde s’est moqué de moi ! Maxime a un comportement parfois étrange mais il n’apparaît jamais comme manipulateur ou duplice.

Maxime n’est pas retors, il y a une logique à son comportement. Il ne fait pas toujours des choses très recommandables mais il les fait avec une naïveté qui l’excuse. Il y a une dualité sous-jacente en lui, la possibilité d’une folie, mais celle-ci n’est jamais vécue ou filmée comme telle. Le film nous emmène vers une zone sombre de manière très humaniste. Cela n’a rien de volontariste, ça correspond juste à la façon d’être de Guillaume, de connaître les gens, de communiquer avec eux. Il ne juge pas, est très amoureux des autres. L’univers de Guillaume est un peu cruel mais toujours avec une extrême douceur. Je me demande parfois s’il voit les choses terribles qui l’entourent tellement il est toujours étonné positivement !

La scène avec Hervé est une scène pivot...

Oui, c’est un rouage qui permet au film de dévier vers quelque chose de plus noir sans coup de théâtre et sans que le personnage principal ne se déplace lui – c’est là toute la finesse du film. Le mal-être d’Hervé, et plus généralement la parole de tous les comédiens amateurs peut être entendue comme la voix intérieure de Maxime. On pourrait croire parfois que ces scènes avec les acteurs non professionnels sont des moments de vie volés mais en réalité, elles sont très écrites. Guillaume fait un travail sur et à partir de l’intimité des gens, mais ce n’est pas improvisé du tout. Il y a bien sûr des choses qui échappent mais cela reste très structuré.

Quand Maxime et Mélodie se promènent en barque, le climat romantique est nimbé de nostalgie... La poésie du film vient du fait qu’il détruit lui-même ses propres codes tout le temps. La nostalgie n’est pas un thème du film, elle réside dans sa construction même. Tout le début du film est joyeux et idéal, comme toute naissance de l’amour, et Guillaume prend le temps de nous y donner goût. Et puis Mélodie s’en va, et comme Maxime, le spectateur se sent délaissé, et se retrouve traversé par le temps qui passe. Il y a quelque chose de cruel dans cette bifurcation, pas pendant la durée du film mais après, quand on en sort. Tonnerre est un film qui nous habite et nous laisse un peu divisé en nous-même...

Il y a une dimension fantastique dans le film...

Je parlerais plutôt de conte, aussi bien dans les images – la neige, la ville souterraine... – que dans l’histoire proprement dite et le suspense qui s’installe. A partir du moment où Maxime endort le chien et vole l’arme, on se demande ce qu’il va en faire. Et quand il regarde Mélodie dormir dans la voiture, puis la caresse, on a presque l’impression qu’il la renifle, comme le ferait la bête avec la belle ! Maxime n’est pas un monstre, quand il kidnappe Mélodie, ça ne se passe d’ailleurs pas si mal, mais la possibilité d’un chaos plane, le film pourrait basculer vers quelque chose de terrible. Maxime ne s’aime tellement pas qu’on se dit qu’il ne peut que détruire son histoire avec Mélodie. Leur rencontre est autant un danger pour elle que pour lui. Le film montre combien on peut se piéger soi-même à aimer.

Tonnerre, c’est aussi le rapport entre un fils et son père...

Plus largement, il pose la question : qu’est-ce que vieillir ? Au début, Maxime s’habille comme un jeune mais petit à petit, il se rapproche des vêtements de son père et finit en habit de cycliste comme lui. Et puis, il tombe amoureux d’une fille beaucoup plus jeune que lui, qui correspond un peu à sa propre jeunesse perdue, tout du moins qu’il est en train d’abandonner. Le couple qu’il forme avec Mélodie est romanesque, on y croit vraiment au début malgré leur différence d’âge mais il y a toujours quelque chose qui cloche entre eux. Il l’embrasse trop, il est trop pressant... Et elle, qui porte sa jeunesse tout le temps avec elle, jusque dans sa façon de rire, de danser...

C’est assez brutal pour Maxime de se rendre compte qu’il n’a plus accès à cette jeunesse. Il y a une énorme mélancolie dans le film. Mais le film n’est pas complètement sombre car au final, le type le plus détendu est le plus vieux ! Le père montre qu’on peut perdre sa jeunesse, vivre des drames et continuer à être vivant et drôle. Et faire du vélo !