Andrea Segre : " Avec le cinéma, je peux montrer la réalité, et rêver aussi."

Introduction

Venu du documentaire, le jeune réalisateur de La Petite Venise s'est à installé à Chioggia pour filmer la rencontre d'une Chinoise et d'un Italien anciennement émigré, unis par leur goût pour la poésie. Dans cette fable où passe l'ombre de la mondialisation, le cinéaste exprime avec pudeur son envie de dénoncer les injustices tout en saluant le courage des hommes et des femmes prêts au sacrifice pour que leurs enfants aient "un futur"...

Vidéos et photos

Article

 " Je n'ai pas fait d'école de cinéma et j’ai d’ailleurs longuement hésité entre devenir cinéaste plutôt qu'être chercheur à l'Université... Mes deux parcours professionnels sont liés par le désir profond de raconter la vie et l'histoire des migrants. Alors j'ai commencé à voyager dans des directions opposées, en Europe d’Est en Ouest, des Balkans jusqu'en Afrique.

J'avais toujours une caméra avec moi et j'ai commencé à réaliser mes premiers documentaires. Je n'ai jamais eu d'intérêt particulier pour l'immigration chinoise, jusqu’à ce que je rencontre la vraie Shun Li dans le café de Chioggia, là, j'ai compris que son histoire était celle que je souhaitais raconter.

Je pense que les banlieues romaines représentent aujourd’hui l’un des laboratoires européens les plus intenses du dialogue interculturel, et ce d’une manière très différente des autres capitales européennes. Cela est dû essentiellement à deux facteurs : l’Italie est devenu un pays d’immigration sans avoir résolu son grave problème de pauvreté, et c’est un pays qui n’a pas un passé colonial comparable à celui d’autres nations européennes à forte immigration.

Dans de nombreuses régions pauvres d’Italie, et dans les banlieues de Rome en particulier, se sont créés une multi culturalité très variée et un dialogue, certes pas simple, mais intense entre les différentes cultures étrangères et les Italiens d’origine. Cette situation crée des espaces cachés, mais non conflictuels, d’illégalité ou de para-légalité au cœur même de quartiers populaires tels que Pigneto et Torpignattara. Les ateliers textiles ou artisanaux organisés par la communauté chinoise en sont des exemples types.

Dans le même temps, la Vénétie constitue un territoire très intéressant pour étudier, comprendre et raconter la difficulté de dialogue entre des identités en crise. L’identité vénitienne a été en effet radicalement bouleversée dans ces 30-40 dernières années par un développement économique exceptionnel qui a ébranlé habitudes, rythmes de vie, espaces sociaux et équilibres communautaires. Une région qui est passée en très peu de temps de terre d’émigration en terre d’immigration : les immigrés qui vivent et travaillent en Vénétie sont aujourd’hui presque un million, encouragés par les bonnes conditions économiques de la région, mais desservis aussi par une certaine fermeture de la part d’une société opulente et peu cosmopolite.
 

UNE PETITE VENISE

Chioggia est une petite Venise sans touristes, une bourgade de la lagune vénitienne d’une beauté noble et magique, avec ses barques, ses cabanons et ses îles. En même temps, comme toutes les villes d’Italie refermées sur elles même, Chioggia est dotée d’une forte identité sociale et territoriale

Au fond, La Petite Venise est le lieu imaginaire - mais absolument réaliste - de la rencontre de deux mondes en crise : le monde de ceux qui sont contraints ou qui ont choisi d’abandonner leurs racines, et le monde de ceux qui voient leurs racines se transformer profondément, jusqu’à disparaître.

Deux mondes qui découvrent soudain, dans la richesse d’un dialogue presque impossible, une voie pour retrouver une dignité, et surtout un échange avec l’autre. Ces deux mondes se jaugent et comprennent qu’ils ont le même problème ; en se confiant davantage, ils essayent de se sauver mutuellement.

Un salut presque onirique, rendu possible également par le charme d’un lieu, la lagune vénitienne au sud de Venise, un lieu qui n’a presque jamais été raconté par le cinéma italien et européen.

Andrea Segre

 

La Playlist Universciné du réalisateur : six films qu'il recommande...

- Ghost Dog, de Jim Jarmusch

- Still Life, de Jia Zhang-Ke

- Le Havre, de Aki Kkaurismaki

- Home, de Ursula Meier

- Corpo Celeste, de Alice Rohrwacher

- 4 mois, 3 semaines, 1 jour, de Cristian Mungiu

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  • Christophe Gehlen au sujet de : Marie

      0/10

    1 an après, jamais eu de réponse... Je demande à nouveau ! a quand la possibilité d acheter sur Mac !!!