Fatih Akin : " J'ai envie de changer le monde..."
Introduction
Le cinéaste évoque ses "devoirs", avoue être fasciné par les rapports humains et pense que son film est peut-être moins politique que philosophique.
Article
" Le cinéma tient une place considérable dans ma vie, mais il n'est rien à côté de problématiques telles que la naissance, l'amour et la mort. Pour passer vraiment à l'âge adulte, je me suis dit qu'il fallait que je réalise trois films. On peut appeler ça une trilogie si on veut – mais en tous les cas, il s'agit de trois films indissociables car ils traitent respectivement de l'amour, de la mort et du mal. Head-on parle d'amour. De l’autre côté parle de la mort – la mort dans la mesure où chaque décès est une naissance : la mort et la naissance ouvrent toutes deux la voie à d'autres dimensions. Avec De l’autre côté, j'ai le sentiment d'avoir atteint une nouvelle étape, mais qu'il manque encore quelque chose qui sera au coeur du troisième film – un film qui parlera du mal. Je pense à ces trois films comme à mes "devoirs" – une fois qu'ils seront terminés, je pourrai passer à autre chose. Je pourrai peut être aborder le film de genre, et m'essayer au film noir, au western et même au cinéma d'horreur.
J'ai envie de changer le monde – est-ce que cela fait de moi quelqu'un d'engagé politiquement ? Le film se propose de changer le monde – cela en fait-il un film engagé politiquement ? Il est sans doute plus philosophique qu'autre chose, même si je crois que tout est devenu politique aujourd'hui. A notre époque, je pense qu'il est impossible de séparer la vie de la politique et de l'art. J'ai des idéaux, mais je peux parfaitement changer d'avis demain – je m'efforce de ne pas être dogmatique. Quelle que soit la croyance des gens – en religion ou en politique –, tout a ses limites, tout prend une direction déterminée. Je voulais faire un film qui prenne le contre-pied de tout cela. J'ai tenté de réaliser ce film en prenant du recul, en me mettant à la place d'un spectateur extérieur. Mais ça ne m'a pas semblé possible. Parfois, ce n'est pas l'intellect qui décide. J'imagine qu'il s'agit d'une part de moi beaucoup plus irrationnelle, qui vient du coeur.
En tant que réalisateur, la principale difficulté consiste à ne pas me répéter. J'aime m'étonner moi-même et, en dernière instance, surprendre le spectateur. J'espère que mes films ne se ressemblent pas. J'imagine qu'on ne pourra en juger que lorsque j'aurai réalisé une demi-dizaine d'autres films. Quand j'ai de nouvelles idées, elles surgissent toutes en même temps, et elles ont des origines diverses. Je recycle même certaines idées, comme le sampling dans le hip-hop – j'adore ça. Comme, par exemple, lorsqu'on utilise des rythmes de basse connus pour faire du neuf avec du vieux, ce qui est aussi une manière de rendre hommage à des musiques plus anciennes. C'est ainsi que j'ai réutilisé certaines thématiques de Crossing the bridge dans De l’autre côté. Le personnage de l'activiste politique, Ayten, m'a été inspiré par les chanteurs kurdes. Ici, en Occident, on n'a pas à se battre pour la liberté d'expression. Mais le combat pour la justice est toujours d'actualité en Turquie.
L'Art d'aimer d'Erich Fromm m'a beaucoup influencé. Les rapports humains me fascinent. Pas seulement les relations entre hommes et femmes, ou les rapports sexuels, mais aussi entre parents et enfants. L'ensemble des relations humaines. Pour moi, toutes les guerres qui se déroulent dans le monde viennent du fait que l'homme n'aime pas suffisamment son prochain. Je crois que c'est la paresse qui engendre le mal. Il est plus facile de haïr que d'aimer. "










elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées
Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.