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Fatih Akin : "J'entretiens une relation d'amour et de haine avec la Turquie"

Introduction

Partagé entre deux cultures, allemande et turque, le cinéaste évoque le tournage de son film dans un contexte politique nationaliste qu'il déteste.

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"J'ai à la fois des origines turques et des origines allemandes. Je suis né en Allemagne, mais je suis partagé entre deux cultures. J'ai été élevé en Europe, mais mes parents m'ont aussi inculqué une culture turque. Cette dernière a toujours tenu une place importante dans ma vie. Quand j'étais petit, j'allais en Turquie avec ma famille tous les étés. Parce que je suis moi-même partagé entre deux cultures, il est logique que mes films le soient également.

Le 1er mai 2006, on a démarré le tournage De l’autre côté en Allemagne – à Brême et Hambourg – et en Turquie – à Istanbul, sur la côte de la mer Noire et à Trabzon. Le tournage a duré environ 10 semaines. Pour un metteur en scène, la Turquie est un formidable décor. L'Allemagne, beaucoup moins. C'est un pays qui peut se révéler séduisant, mais il faut déployer énormément d'efforts pour trouver des lieux intéressants, ou bien les créer de toutes pièces.

En Turquie, la lumière est extraordinaire grâce à la situation géographique du pays. Pour moi, tourner à Istanbul, c'est comme tourner à New York. Ce sont deux villes séduisantes et cosmopolites. Chacune d'entre elles est une mégalopole. J'adore filmer les villes. J'ai été élevé dans une grande ville. C'est l'univers que je connais le mieux. Dans De l’autre côté, la ville est un personnage à part entière. Parce qu'elle ne parle pas turc, Lotte, qui est étrangère, se perd en débarquant à Istanbul. Mais je tenais à briser le cadre urbain en insérant des plans de la campagne et du littoral. "

J'entretiens une relation d'amour et de haine, très complexe, avec la Turquie. Je me suis vraiment intéressé à la Turquie à la fin de mes études, en 1995. J'ai décidé d'y tourner mon premier court métrage, Weed, en 1996.

J'ai découvert une autre facette de la Turquie, et ce pays m'a de plus en plus fasciné. J'ai renoué avec ma culture turque. Plus je tourne en Turquie, plus j'essaie de comprendre ce pays. Mais, plus je le comprends, plus je suis triste. Je déteste la politique et le nationalisme. Il faut voir ce qui se passe là-bas actuellement … L'histoire se répète. Les mêmes erreurs sont commises, comme toujours. J'aime ce pays, mais tourner en Turquie me pompe mon énergie, mes larmes et mon sang.

L'image de la bureaucratie turque dans De l’autre côté n'est pas sévère – elle est kafkaïenne. Il ne s'agit pas d'un point de vue critique, mais d'une réalité qui se passe de commentaire. Dans le film, lorsque l'activiste politique est arrêté devant Ayten, la foule en délire applaudit. Le pire, c'est que ça s'est passé exactement comme cela au cours des répétitions : les figurants se sont mis à applaudir spontanément. Cela ne se produit que lorsque ceux qui sont arrêtés sont considérés comme des ennemis de l'Etat. Le fascisme prolifère dans les rues d'Istanbul.

On voit beaucoup de drapeaux turcs dans De l’autre côté. Cela vaut la peine d'essayer de les compter. J'imagine que les nationalistes y verront un témoignage de mon amour pour la Turquie, mais je n'ai pas ajouté un seul drapeau. Ils étaient tous là. Je n'ai rien changé aux décors naturels. Je les ai filmés tels quels. J'ai peut-être un peu forcé le trait – mais il y a tellement de drapeaux turcs !

En tant qu'Allemands, les personnages de Susanne et Lotte représentent l'Union européenne, tandis qu'Ayten et Yeter représentent la Turquie. Tout ce qui se passe entre eux dans De l’autre côté est emblématique des rapports entre ces deux systèmes politiques. La dispute entre Susanne et Ayten sur l'Union européenne m'a amusé. Mais mon opinion n'a pas d'importance. Pour cette scène, je me suis inspiré de conversations que j'ai entendues autour de moi.

A la fin du tournage, Susanne l'Allemande et Ayten la Turque constatent que leur perception de la réalité a radicalement changé. Dans la séquence de la librairie à la fin où elles se prennent dans les bras l'une de l'autre, j'ai remarqué un petit détail, mais seulement au montage. Tout près des deux femmes, on aperçoit deux petits drapeaux : l'un allemand, l'autre turc. Mon collaborateur et ami, Andreas Thiel, qui est décédé pendant la dernière semaine de tournage, les y a mis. Cela a une signification. J'imagine qu'il s'agit aussi d'un film sur les rapports entre ces deux pays."

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.