" C'est fou ce qu'un simple mille-feuilles vous rassure sur votre existence ! Dans ces séquences, on n'est pas loin d'une cruauté insidieuse, jamais morbide, presque drôle si on aime l'humour décalé. En témoigne aussi le début du film : l'arrivée de la mère chez sa fille ; la façon dont Phyllida Law investit l'appartement, tout en soliloquant, alors qu'Emma Thompson, exaspérée à l'idée de devoir lui montrer sa nouvelle coiffure, exaspérée de la savoir là, tout simplement, se réfugie dans la salle de bains, puis dans sa baignoire, illusoire refuge...
Avec ce premier film, Alan Rickman (on l'a vu, comme acteur dans
Truly, Madly, Deeply, d'Anthony Minghella, et dans
Raison et sentiments, d'Ang Lee) témoigne d'un don certain pour l'étrange..."
Pierre Murat, Télérama
" Autour de l’estuaire de Fife, le littoral
écossais est pris sous la glace ; le village
de pêcheurs au nom de conte de
fées, Pittenweem, baigne dans une
lumière de blancs bleutés austères. En
l’espace de six heures, trois couples,
chacun d’âge différent, chacun isolément,
s’affrontent et se lient.
Pour son
premier film, Rickman, comédien expérimenté
à la scène comme à l’écran, a fait
appel à des talents considérables, ceux
des interprètes Thompson et Law, ainsi
qu’à son propre flair pour le graphisme
et pour l’écriture.
Noeud inaugural de la
série de vignettes, la dialectique entre
la mère fusionnelle et la fille rebelle
donne, à travers l’articulation commune
de la douleur du deuil, de la rage contre
la vieillesse, le ton saccadé, hivernal. Le
fils (et petit-fils) est éveillé, non sans
mal, à la sexualité par une brune sulfureuse
; deux adolescents font l’école
buissonnière ; tout de noir vêtues, Chloe
et Lily sont des vétérans de l’enterrement,
suivant avec délectation les corbillards
de la région, saupoudrées de
givre.
Dans ce froid, le corps, affamé de
chaleur, se proclame.
L’appareil photo de la fille veuve, le
télescope de la mère veuve seraient-ils
des indicateurs, une mise en abyme invitant
le spectateur à rechercher une présence
féminine mais occultée qui donnerait
à toutes ces ruptures, aux
angoisses évoquées, une réponse éclairante
?..."
Eithne O’Neill, Positif
" Ce premier film d’un comédien britannique,
construit en petites touches
impressionnistes, réunit Emma
Thompson et sa mère dans la vie,
Phyllida Law : un duo émouvant.
C’est un petit port écossais, pris par les
glaces. Même la mer, cet hiver-là, est
gelée. Sur la lande enneigée, une vieille
femme se hâte. A la fois maladroite et
déterminée. Elle a du mal à retrouver
son souffle, on a peur pour elle, mais
elle ne tombe pas. Elle va rejoindre sa
fille, Frances, à laquelle elle ressemble
beaucoup. Et qu’elle vient, elle qui pourtant
semble au bout du rouleau, réconforter.
Parce que Frances a perdu son
mari, qu’elle aimait passionnément, et
que, malgré la présence de son fils adolescent,
elle se laisse couler. Les deux
femmes passeront la journée ensemble,
dans le froid glacial, à se chipoter, à se
retrouver. C’est tout.
C’est tout et c’est beaucoup.
Tiré d’une
pièce d’une comédienne britannique,
Sharman McDonald, le film, présenté en
sélection officielle à Venise en 1997, est
le premier long-métrage d’Alan
Rickman, comédien de théâtre interprète
notamment de Valmont dans
Les
Liaisons dangereuses, et de cinéma, et
c’est, d’abord un film de comédien(ne)s :
la mère, c’est magnifique dans l’obstination,
la naïveté et la force de quelqu’un
qui est à la fois au bord de la retombée
dans l’enfance et de la sérénité de la fin
de la vie, Phyllida Law, qui a créé le
rôle au théâtre. Et sa fille qui est aussi
sa fille dans la vie réelle, c’est, célébrissime
depuis son oscar pour
Retour à
Howard’s end et ses rôles dans
Les Vestiges du jour,
Au nom du père,
Carrington et
Raison et sentiments,
Emma Thompson.
Mère et fille ont ici,
cette complicité frondeuse, lasse et
incompressible qui ne peut venir que de
la vraie vie. Mais la prestation de deux
magistrales interprètes ne suffirait pas à
expliquer le charme de ce film lent et
sans «histoire».
Il y a, aussi, le décor,
insolite (le film a été tourné à Fife, en
Ecosse), où l’on a l’impression d’être
enveloppé par un froid qui crèverait
l’écran. Et, tout au long de cette journée
au bout du désespoir, de la solitude, de
l’ennui et de l’hiver de l’âme, les
menues aventures des autres personnages
: Alex, le fils, rencontre son premier
amour, une Nita audacieuse qui le
drague et le pousse dans ses retranchements
de grand timide ; deux vieilles
dames, Chloe et Lily, se rendent, comme
chaque jour, à leur rendez-vous préféré,
un enterrement, et deux gamins font
l’école buissonnière et se retrouvent sur
la plage glacée pour parler des petits et
grands mystères de l’existence.
Humour,
sensibilité et pudeur sont au rendez-vous.
Et en dépit de sa nonchalance, de
sa maladresse parfois, ce film en forme
de patchwork impressionniste émeut, et
malgré sa tonalité hivernale fait finalement
chaud au coeur."
Annie Coppermann, Autres