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Barmak Akram : "Montrer que la société afghane évolue et aspire à la modernité"

Après L'Enfant de Kaboul, Barmak Akram met en scène une nouvelle facette de l'Afghanistan et revient notamment sur sa détermination à faire de Wajma, une fiancée afghane une oeuvre exclusivement financée par des moyens financiers afghans.

Quel est le sujet de Wajma, une fiancée afghane ?

Le film parle des femmes et du traitement discriminatoire dont elles sont victimes en Afghanistan. J’ai voulu faire un film qui défende les droits de la femme sans pour autant être rempli de clichés. Et aussi qui traite d’un sujet universel : la virginité de la femme. Pourquoi leur demande-t-on d’être vierges avant le mariage ? On ne demande jamais cela aux hommes, alors que pour les femmes c’est une obligation. J’ai voulu raconter l’histoire d’une jeune femme afghane, mais aussi montrer que la société afghane évolue et aspire à la modernité.

D’où vous est venue l’idée du film ?

Au début du projet, j’ai visité une unité de soins pour grands brûlés à Kaboul, pour savoir pourquoi des femmes s’immolent par le feu. C’est de plus en plus fréquent. Chaque année environ 500 femmes ont recours à ce procédé extrême en Afghanistan. La plupart du temps suite à une histoire d’amour déçue, ou à un mariage forcé avec un homme qu’elles n’aiment pas. De telles situations engendrent violences et scandales qui conduisent souvent ces femmes à s’immoler pour échapper à leur condition et se faire entendre.

J’ai aussi voulu faire ce film pour mettre en avant toutes les violences dont les femmes sont victimes de la part des hommes, pas seulement en Afghanistan, mais dans le monde entier. En France, tous les 2 jours, une femme meurt victime des violences d’un homme. Et entre 300 et 400 000 femmes par an sont tuées par leur “conjoint” à travers le monde. La violence endurée par les femmes est le sujet majeur de Wajma, une fiancée afghane.

A quelles difficultés avez vous dû faire face lors du tournage ?

C’est le problème financier qui m’a le plus préoccupé. Quand j’ai commencé le film, je ne savais pas si je pourrais aller au bout. A la fin, j’ai dû emprunter de l’argent. Je voulais faire ce film avec des fonds afghans, qu’il ne soit pas financé par la France ou un autre pays. Je voulais que Wajma, une fiancée afghane soit un film 100% afghan, ce qui était un challenge financier supplémentaire. Comme les autorités afghanes n’investissent pas dans la production de films, j’ai dû tout financer par moi même.

Combien de personnes étaient impliquées dans la réalisation ?

L’équipe était constituée de 5 personnes. Tous les intervenants faisaient plusieurs choses, en plus de jouer et de filmer. Mustafa, le rôle principal masculin, s’occupait du maquillage. Moi je filmais, je dirigeais les comédiens, que je coiffais et je leur faisait à manger! Travailler avec une petite équipe fait du tournage une expérience plus agréable et plus intime.

C’était important car la plupart des comédiens sont non professionnels ou peu expérimentés. Ils étaient moins stressés au sein d’une petite équipe où tout le monde se connaît.

Est-ce que Wajma et Mustafa, sont le reflet d’un jeune couple dans l’Afghanistan de 2013 ?

Absolument. Ils sont l’image des jeunes afghans d’aujourd’hui, qui peuvent communiquer facilement par téléphone avant leur mariage. La technologie a modifié le vécu traditionnel des histoires d’amour et des relations entre les gens.

Maintenant les jeunes n’ont plus besoin de la permission de leurs familles pour communiquer, nouer une relation. Ils le font avec les nouvelles technologies ce qui conduit parfois à des relations assez brèves qui se terminent par la grossesse de la fille, comme c’est le cas dans Wajma, une fiancée afghane.