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Cannes 2014 : Keren Yedaya, le voir pour le croire

"Les problèmes bourgeois ne m'intéressent pas", explique la cinéaste qui signe avec Loin de mon père, présenté en sélection officielle, un film dur sur un sujet tabou (l'inceste).

Après Jaffa, Keren Yedaya revient au style percutant et dérangeant qui lui avait valu la Caméra d'or au Festival de Cannes 2004 pour Mon Trésor.

Avec Loin de mon père, elle a divisé et ouvert le débat. "L'inceste est un viol, dit-elle; ce qui difficile, c'est qu'il y aussi une forme d'amour... Avec mes films, je sais que je peux changer, même de façon infime, le regard sur cette tragédie et qu'il y a un impact sur la société. Même si je veux le faire, avec mon film, au coeur d'une expérience de cinéma. Une expérience radicale."

Loin de mon père : en salles à partir du 25 février 2015- Disponible en vod sur Universciné le 25/06/2015 ]

 

Votre film est adapté de Loin de son absence, un roman de l'auteure israélienne Shez. Comment vous l'êtes-vous approprié ?

Shez, que je connais depuis des années, m'a envoyé son livre quand il est sorti. Elle rêvait que je l'adapte. Je l'ai lu d'une traite et j'en suis immédiatement tombée amoureuse. Mais mon film n'y est pas du tout fidèle, même si cette histoire d'emprise d'un père sur sa fille en est la base. Les premières versions du scénario que j'en ai tirées ne fonctionnaient pas du tout sur le plan du cinéma. L'écriture m'a finalement pris trois ans.

J'ai changé par exemple l'âge du personnage. C'est une femme d'une trentaine d'années dans le livre, tandis que dans le film, elle a la vingtaine et peut- être un avenir devant elle. C'était une manière d'introduire de l'espoir. J

'ai également évacué tous les personnages qui gravitaient autour de Tami pour souligner son isolement. Tami est physiquement enfermée dans cet appartement et dans un corps qu'elle ne possède pas. Son horizon semble résolument bouché.

Le corps de Tami est sa prison. Elle n'a pas besoin de son père pour lui interdire de sortir. Elle se l'interdit toute seule. Il a circonscrit son univers depuis sa naissance.

Sa souffrance s'exprime à travers ses désordres alimentaires ou ses scarifications. Comment avez-vous rendu votre film si réaliste, du point de vue d'une victime d'inceste ?

Je mène, depuis que j'ai seize ans, un travail en direction des femmes en Israël. Leurs témoignages m'accompagnent. Avant de réaliser Mon Trésor, j'ai été une des premières dans mon pays à affirmer que la prostitution n'était pas un choix et qu'il fallait créer des lieux d'accueil pour les femmes qui souhaitaient rompre avec cette vie. Je me suis occupée de victimes de viols dont les foyers ne savaient que faire.

Mes films naissent tous d’une nécessité politique et sociale mais je cherche à ce qu’ils portent aussi une réflexion sur l’art cinématographique. Je suis autant passionnée par la politique que par le cinéma. Les deux sont pour moi indissociables.

Je ne cherche pas à faire des films pédagogiques. Mon travail consiste à faire en sorte que mes films fassent à la fois débat dans la sphère politique et dans la sphère artistique.

 

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