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Chrigu : " Mes amis me voient planté sur une chaise, mais ils ne voient pas ma vie"

Dur et poignant, le courage et la générosité de Christian Ziörjen, Chrigu de son surnom, éclairent ce documentaire et en font une ôde à la vie.

Il est difficile d‘écrire pour deux quand il y en a un qui n‘est plus là. Chrigu : chronique d’une vie éclairée est le dernier film que j‘ai pu tourner avec mon meilleur ami Christian. Chrigu est mort.

Il y a deux ans, il m‘a parlé de son idée de tourner un film sur sa chimiothérapie. J’avais soutenu le projet, et j‘ai adoré le résultat. Son court-métrage A boulets contre le cancer est sale, brut et fait avec beaucoup d‘amour. Après sa rechute, un matin d‘automne, nous étions assis sur un banc en regardant le paysage. Christian m’a dit: « C‘est quand même étonnant : on se connaît depuis des années, et on a toujours eu envie de trouver un moment pour ne rien faire. Ne pas monter d’images, ne rien filmer, ne rien prévoir; juste rien faire – et c‘est seulement maintenant qu‘on y arrive ». Deux semaines plus tard, nous avons installé une caméra qui devait nous filmer en train de ne rien faire.

Jan : « Si tu veux que j‘arrête de te filmer, dis-le moi. Je ne veux pas t‘énerver avec ma caméra»

Chrigu : « Je préfère que tout ce qu‘il me reste à dire soit dit. Quand il sera temps pour moi de partir et que j‘aurai le sentiment que la mort peut me soulager, je veux que le film soit avancé à un point qui ne puisse pas m’empêcher de tout lâcher. »

Jan : « Je pense que le film va t’aider dans tout ça. »

Chrigu: « Allons-y ! On a encore plein de trucs à dire. »

Nous nous sommes disputés, pour en rigoler plus tard. Nous nous sommes énervés, pour quand même nous réjouir de nous revoir à chaque fois. J‘ai du mal à qualifier de « tournage » ces derniers mois que j‘ai passés avec Christian à l‘hôpital, même si un film en est le résultat. La certitude que ça pouvait se terminer d‘un jour à l‘autre nous a donné la confiance de savourer chaque moment avec un humour radical.

« Je ne vois vraiment pas ce qui nous empêcherait de filmer un malade. Il y a beaucoup de malades – pourquoi ne pas les montrer dans un film ? Ce qu‘il y a de particulier dans notre situation, c‘est que toi, mon meilleur pote, tu me poses devant la caméra, puis tu te places derrière. C‘est peut-être difficile à comprendre pour certains, mais c‘est mon désir de faire ça. C‘est fascinant pour nous deux de voir que malgré la présence d‘une caméra il y a un dialogue qui s’installe, que nous continuons d’apprendre des choses sur l‘autre que nous ignorions, et que ça peut même parfois nous mener vers des conflits.

Bien sûr, il y a des choses qui ne trompent pas : tu es en bonne santé, je suis malade. Mais nous faisons un film ensemble, et nous voulons obtenir un certain résultat. Je veux que mon film fasse écho, et c’est clair qu’ il y a un côté expansif là-dedans. J‘espère tout simplement pouvoir déclencher quelque chose avec ce film, car la réalité que je vis, ce que j‘endure, on ne peut pas le comprendre lors d’une simple visite à l’hosto. Mes amis me voient planté sur une chaise, mais ils ne voient pas ma vie. »

Les 120 heures de matériel ont finalement donné ce film, qui est aussi un certain portrait de ma génération. Le film est fait d’images d’un genre nouveau: des images nées sans autres raisons que la pure joie de filmer, ce qui les rend essentiellement authentiques. Un film sur la vie donc – et non sur la mort.

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