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En compagnie d'Eric Rohmer...

L'actrice Marie Rivière, héroïne inoubliable du Rayon vert, a présenté au Festival de la Rochelle 2010 un film hommage à Eric Rohmer qu'elle a tourné pendant les trois dernières années de la vie du grand cinéaste. Rendez-vous joyeux pour un film comme une lettre d'amitié qui devient témoignage d'une relation exceptionnelle qu'il pouvait entretenir avec ses comédiens...

Son film s'appelle En compagnie d'Eric Rohmer. C'était aussi le nom de la société de production de l'auteur de Ma Nuit chez Maud, Le Genou de Claire ou Les Nuits de la pleine lune qui, toute sa vie, a construit une oeuvre en forme de compagnonnage - entre les techniciens, l'équipe artistique mais aussi entre les arts : le théâtre, la peinture, la poésie, la littérature ou la philosophie... tous compagnons de route de films eux-mêmes regroupés en cycles (Contes moraux, Comédies et proverbes...), comme pour s'épauler et se compléter les uns les autres.

Marie Rivière a fait de même. Elle eut un jour l'envie de filmer celui à qui elle doit son entrée au cinéma (dans La Femme de l'aviateur, en 1981). Son film aurait pu être sur "elle et lui"; c'est plutôt " nous et lui", comme une ronde autour d'une figure aimée. Autour d'Eric, Fabrice, Arielle et quelques autres... Et Marie Rivière, bien sûr, devant parfois et surtout derrière une caméra dont elle apprend au fur et à mesure à se servir, offrant à son film une sincérité non pas inattendue mais fracassante - la même qui donne au Rayon vert une légereté qui ressemble à de la profondeur et qui serait peut-être une définition de la grâce.

« Un film amateur », prévient-elle. Tant mieux. Etymologie : qui aime. On ne peut mieux qualifier ce film, suite de moments heureux que l'actrice du Conte d'automne a voulu réunir pour que reste, après la disparition du cinéaste en janvier dernier, l'image d'un Rohmer inédit, l'homme plutôt que l'auteur, depuis longtemps déjà approprié par les cinéphiles.

Marie Rivière a donc pris une caméra et appris (tant bien que mal) à se débrouiller avec. Peu importe la manière (elle s'en amuse), l'important était d'être là, à ses côtés. Dans l'intimité du bureau d'Eric Rohmer, sans parler forcément de son oeuvre. Juste être avec lui. Evoquer les poèmes, la musique, rassembler les acteurs, être dans la joie et la surprise. Rohmer, (qui, dit Marie Rivière, n'a jamais été âgé et jamais, jamais malade), avait accepté d'être filmé ainsi par amitié. Encore un mot avec un peu d'amour dedans. Comme il y en a beaucoup dans ce  portrait hors-normes où passent les ombres d'une vie dédiée à l'art de vivre et de vivre à travers l'art.

 

Philippe Piazzo

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