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Gregg Araki : " Je suis une éponge qui absorbe toutes les cultures"

Le cinéaste revient sur ses influences : MTV, Burroughs, Bruce Weber, le rock et "Melrose Place" comme les centres commerciaux de Los Angeles... Tout est bon pour nourrir le film. Portrait non pas d'une génération, comme le précise Araki, mais de certains adolescents, "ceux qui se sent parfois perdus mais gardent toujours espoir..."

Après Totaly Fuck up et The Doom Génération, Nowhere est la dernière partie de la trilogie Teen Apocalypse. Pensez-vous que la jeunesse d'aujourd'hui, malgré son cynisme apparent, soit vraiment différente des générations précédentes ?

Nowhere est, de tous mes films, le moins désespéré, beaucoup plus romantique et moins noir que l'ensemble de mon travail.Je me sens vraiment mal à l'aise dans le rôle de porte-parole de toute une génération. Mes films expriment ma propre vision du monde et non celle d'une génération entière. Dans mon entourage, certains adolescents se sentent parfois perdus mais ils gardent toujours espoir. C'est cette jeunesse qui constitue le sujet principal de Nowhere.

Quelles sont vos influences ?

Je suis accroc à la Pop Culture, je me vois comme une éponge qui absorbe toutes les cultures. Mon inspiration est essentiellement visuelle (MTV, la pub, la photo...) L'influence de Bruce Weber, le sens esthétique de Herb Ritt sont évidents dans mes films tout comme l'inspiration de réalisateurs comme Godard ou d'autres plus contemporains tels que Gus Van Sant, Tood Haynes, Rick Linkparker...

La télévision a-t-elle été un instrument de travail qui a influencé votre vision de la popculture ?

La télévision a une grande influence sur mon travail surtout MTV. J'adore les clips de groupes comme Nin pour le titre "Closer" ou celui des Smashing Pumpkins pour le titre «1979». MTV est un carrefour entre la mode, l'art, la photo et le cinéma d'avant-garde, le tout rythmé sur du rock. Pour Nowhere, j'ai beaucoup regardé la télévision et je me suis nourri de séries comme "Beverly Hills 90210" et "Melrose Place". Les personnages de mon film s'inspirent de ces séries.

Pensez-vous que la sexualité polymorphe soit juste un phénomène de mode ou est-ce vraiment une caractéristique de cette jeunesse "fin de siècle" ?

J'ai toujours refusé de classer les gens par catégories quand il s'agit de sexualité. Je suis contre ce besoin maladif qu'a la société de coller des étiquettes et d'imposer une différence en matière de préférences sexuelles.

Pensez-vous que ce côté post-moderne, hyper-réel soit spécifique à L.A. ?

J'adore L.A.. C'est très visuel, surréel, immense, désolé, beau et laid à la fois. Cette ville ressemble à une terre abandonnée avec des habitants et des centres commerciaux. C'est une grande source d'inspiration.

Comment avez-vous convaincu Jaason Simmons de jouer un tel personnage dans votre film ?

Jaason Simmons était séduit par l'idée de pouvoir casser cette image glamour du héros bien sage de Alerte à Malibu, c'est un acteur courageux qui sait prendre des risques.

Que pensez-vous du fléau Télévangéliste ?

Je suis contre les religions. Elles sont à l'origine de haine, de souffrance et de violence à travers les siècles. Je suis très méfiant à l'égard des institutions qui cherchent à manipuler les masses.

Vos dialogues sont un croisement entre les sitcoms et Wiliam Burroughs. D'où provient cette créativité en matière linguistique ?

J'accorde une grande importance aux dialogues. J'aime l'argot californien, sa fluidité, j'aime inventer et réinventer les mots. Je donne un style à mes dialogues de la même manière que je donne un style aux costumes ou à l'image...

Vous arrive-t-il de vous censurer ?

Jamais. Toutefois Nowhere est un défi, je voulais faire un film dans lequel les mots «Fuck» et «Shit» ne seraient jamais prononcés. J'ai dû inventer des expressions qui donnent l'impression que les personnages s'insultent alors que les dialogues ne comportent aucun juron.

Quelles sont vos influences en matière de musique alternative ?

La musique alternative est ma plus grande source d'inspiration. La musique n'est pas seulement une bande originale, elle est l'âme même de mes films. Voilà en vrac quelques uns de mes groupes préférés : Seefeel, Autechre, Orbital, Underworld, Cheminai Brothers, William Orbit, Alex Reece, Spooky, Global Communication, Speedy J...J'écoute aussi Nin, Cocteau Twins, Slowdive, BjÛrk, Lush et très récemment Flying Saucer Attack.

Votre titre plutôt nihiliste, Nowhere, fait-il référence au roman de James Ellroy The Great Nowhere (Le Grand Nulle part) ?

Le titre provient de l'album des Ride Nowhere et j'aime ce que ça évoque.

Etes-vous un grand lecteur de B.D. ?

Adolescent, j'étais un grand fan de B.D.. Je passais des heures à dessiner mes propres héros de B.D. et c'est de là que provient mon style visuel.

Quelle est votre position vis-à-vis de la violence dans notre culture contemporaine ?

Je ne supporte pas la violence. Au cinéma lorsqu'une scène violente s'annonce, je ferme les yeux. Je ne vais jamais voir de films violents ou d'horreur. Il m'est donc difficile de vous dire d'où provient la violence dans mes films. Mais lorsque j'écris, mes films sont le reflet de ma vision du monde, de ma perception de la vie à la veille du 3ème millénaire, la violence à la fois absurde et horrible qui fait partie de notre société moderne.

La violence que l'on voit aux infos est gravée dans ma tête et c'est cette violence qui ressort lorsque j'écris. Je dirais que je suis, à 100%, contre une violence gratuite. Je pense que la violence de mes films n'est jamais gratuite, elle fait partie intégrante de la thématique de mes films.

Connaissez-vous quelqu'un qui ait été enlevé par un alien ?

Je suis moi-même un extra-terrestre.

 

Propos recueillis par Rob Conrath en 1997