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Ingmar Bergman : "Je n'aurais préféré personne à Bille August"

Dans son livre Les Meilleures intentions, Ingmar Bergman raconte dix ans de la vie de ses parents, qu'il a tant haïs. Il revient sur les raisons qui l'ont poussé à écrire et sur l'adaptation de son livre au cinéma.

" En écrivant Laterna Magica, mon autobiographie, j'ai arpenté les chemins de mon enfance d'une façon plus approfondie que ce qui est finalement apparu dans le livre : j'ai retrouvé les odeurs, la lumière de ces années...

Dans ce monde, j'ai aussi rencontré mes parents. Pas ces êtres mythiques contre lesquels je me suis battu pendant tant d'années de ma vie d'adulte, mais deux jeunes gens : un pauvre étudiant en théologie logeant dans une chambre sordide et une jeune fille de vingt ans vivant dans une rue paisible et pimpante du nom de Tradgardsgatan. Lui est très pauvre et a eu une enfance extrêmement difficile, elle est la petite princesse gâtée d'une grande famille bourgeoise, adorée par ses parents.

J'ai réalisé que je ne pourrais pas les inclure dans mon autobiographie et que je devrais traiter le sujet à part ; donc, d'abord pour mon simple plaisir, j'ai commencé à imaginer et à écrire des choses à leur sujet. J'ai eu la grande chance que mon père et ma mère deviennent mes amis bien avant leur mort. Quand mère a eu son premier infarctus, je lui ai rendu de nombreuses visites à l'hôpital, nous avons parlé et elle a commencé à me raconter un peu sa vie, que j'ai trouvée étonnante et captivante.

J'ai découvert ma mère, pas ce personnage mythique à la fois aimé et haï, mais un être qui parlait de sa jeunesse et à qui je posais beaucoup de questions. Et puis elle est morte et père est resté veuf pendant quatre ans. Je l'ai beaucoup vu pendant cette période et nous sommes aussi devenus amis.

Ce n'est pas une histoire qui va ''du berceau au tombeau", mais elle conte dix années de la vie de mes parents - dix années importantes, décisives, depuis leur rencontre en 1909, jusqu'au début de l'été 1918, quand j'étais encore à l'intérieur du ventre de ma mère, me préparant à venir au monde. Si j'avais su à quel point ce serait compliqué et difficile, je ne serais peut-être jamais sorti !

Je ne parle que de cette période, que de leur rencontre. C'est presque classique : les parents de ma mère s'opposaient violemment à cette union. Des conflits dramatiques, parfois violents, survinrent.

Et leur mariage... Au début, ils étaient visiblement très heureux ensemble ; mais ils durent supporter d'inimaginables tensions, tant humaines que sociales.

Je suis extrêmement reconnaissant à Bille August d'avoir mis en scène ce film...

J'ai minutieusement étudié Pelle le conquérant et je ne vois personne que j'aurais pu préférer à Bille. J'ai vu sa chaleur, son professionnalisme, sa précision et tous les non-dits qui sous-tendent son travail.

Je me demande parfois si ma passion pour ce projet ne vient pas de ce que j'imagine... une fois le film terminé, je verrai mon propre visage sous une lumière différente. Le résultat est effectivement étrange : tout comme dans un de mes films, Persona, dans lequel plusieurs visages différents se superposent. Je vois différents visages superposés. Je ressemble énormément à mon père, mais tout autant à ma mère. Le visage pourrait être celui de ma mère ou celui de mon père ; ce pourrait aussi être le mien."

Ingmar Bergman

Extrait d'une conférence de presse donnée le 1er septembre 1989