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Xavier Seron's not dead

VIDEO | 2016, 13' | Dans Je me tue à le dire, Xavier Seron confie à son alter-ego Jean-Jacques Rausin le rôle d'un hypocondriaque ressemblant à s'y méprendre au réalisateur. Dans cet entretien, un dialogue se tisse entre le cinéaste et l'acteur autour du thème de la mort et de la maladie, mais aussi d'un humour à l'épreuve de cette noirceur.

Quel est votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a mené vers le cinéma ?

Xavier Seron : J’ai commencé à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD), une école de cinéma à Louvain-la-Neuve. C’est une école dans laquelle j’ai fait la rencontre de Jean-Jacques Rausin, qui était étudiant en art dramatique. On a été amené à faire des exercices ensemble. C’est comme cela qu’on a commencé à travailler et ça s’est merveilleusement bien passé. De fil en aiguille, on a reconduit cette expérience.

Justement, quelle est la genèse de Je me tue à le dire ?

XS: L’idée vient du prolongement de ce que j’avais développé à l’IAD. D’ailleurs, le titre Je me tue à le dire vient directement d’un court-métrage du même titre que j’avais écrit à l’IAD. C’était un exercice interne pas du tout voué à sortir des murs de l’école, dans lequel Jean-Jacques Rausin joue.

C’était déjà une sorte de réflexion autour de la mort, de la maladie, de la transformation. Une manière d’aborder des sujets très graves avec un angle comique et grinçant. Aborder ces sujets avec humour, c’est aussi une manière d’alléger les choses, sans forcément se déconnecter de toutes les émotions.

Comment s’est déroulé le processus d’écriture ?

XS: La plus grande partie de l’histoire était déjà là. J’avais quelques idées de séquences ainsi que la fin qui étaient très claires pour moi dès le début de l’écriture. Je dois admettre que le reste s’est construit autour de Jean-Jacques Rausin. En terminant mon film de fin d’études, j’avais déjà deux ou trois idées de séquences de Je me tue à le dire.

J’ai fait une première version qui était très sombre et je l’ai ensuite retravaillée pour y ajouter davantage de comédie. Plutôt que d’écrire une histoire classique scénaristiquement, j’imaginais l’histoire de mon personnage comme une chronique, avec des rencontres qui, à chaque fois, présentent des déclinaisons de la mort à venir.

Quelles sont les références du film ?

XS: Le film s’est vraiment nourri de toute l’iconographie baroque. Par exemple, on retrouve un tableau du 17e de José de Ribera, La femme à barbe. Il représente le portrait d’une femme à barbe et c’était assez étonnant.

Aussi, une peinture d’Alonso Cano, La lactation miraculeuse de saint Bernard qui représente une statue de la vierge envoyant un jet de lait dans le visage de saint Bernard. Une peinture baroque assez rock’n’roll pour ainsi dire.

Il y a vraiment des aspects de la peinture baroque qui sont truffés d’éléments complètement hallucinants. Cela a vraiment influencé le film et cela se retrouve également dans le choix des musiques du film, baroques elles aussi: Bach, Purcell, Haendel. C’étaient également des musiques qui étaient présentes dès le stade de l’écriture.

Aviez-vous un cinéaste en tête concernant le style du film ?

XS: Graphiquement, je n’avais pas de références précises de cinéastes. Néanmoins, j’aime beaucoup les comédies scandinaves, comme chez Roy Anderson qui pousse à l’extrême le plan-tableau avec de très fortes références picturales. C’est le cas aussi chez Jacques Tati.

En général, j’aime les gens qui pratiquent l’humour noir, je suis un grand fan de Bertrand Blier. Il utilise souvent des compositions très symétriques et théâtrales, qui rappellent, dans un tout autre genre, Wes Anderson que j’apprécie également.

Concernant la photographie du film, je me suis davantage inspiré de photographes qui pratiquent le noir et blanc de façon très contrastée comme chez Daido Moriyama et Anders Petersen.

Pourquoi avoir tourné en noir et blanc ?

XS: D’abord pour ma passion des photographies en noir et blanc. Ensuite pour des raisons plus organiques. Le noir et blanc permet de restituer le côté âpre des choses, la texture, la chair de quelque chose d’assez viscéral d’une certaine manière. Avec un noir et blanc bien contrasté, le rendu de la peau est inégalable. Ça permet aussi de traiter l’image de manière très graphique, en pensant moins avec des déclinaisons de couleurs, mais plutôt avec des dominantes.

En même temps, paradoxalement, ça permet d’être dans une forme d’abstraction, dans une réinterprétation de la réalité. Cela crée un décalage intéressant, car ça permet de faire cohabiter des éléments qui, en couleur, n’arriveraient pas à fonctionner aussi bien.

Il y a des éléments grotesques et merveilleux qui cohabitent parfaitement dans mon film et c’est le noir et blanc qui permet ce mélange de poésie et de trivialité.