Paul Auster : "Pour les acteurs, de simples notes rédigées à la hâte"
Introduction
En 1995, l'écrivain a co-signé avec Wayne Wang la réalisation de "Brooklyn Boogie", mettant en avant le travail d'improvisation des acteurs. Il raconte.
Article
> Une totale liberté de jouer.
« Pour chaque personnage nous avons inventé des situations ayant chacune la durée d'une bobine de film, dix minutes environ. Deux prises par scène suffiraient, pensions-nous. Une pour la mise en train et l'autre pour de bon. Nous présenterions chaque séquence comme un chapitre, en continu, sans coupure, en ajoutant, par souci de variété, des intermèdes entre ces chapitres. Etant donné que nous ne disposerions que de trois jours pour le tournage, nous ne voyions pas comment faire beaucoup plus. Les notes que je préparais pour les acteurs étaient rédigées dans la plus grande hâte, juste le temps de tracer les mots sur le papier. Leur seul objet était d'ébaucher le contenu général de chaque scène, et nous ne les avons jamais considérées que comme des poteaux indicateurs rudimentaires, une sténo rapide chargée de nous rappeler ce que nous pensions devoir faire. Au moment où je les tapais, je savais déjà que tout pouvait être modifié. Non seulement nous demandions aux acteurs d'improviser leur texte, mais nous comptions aussi sur eux pour créer des scènes entières sans la moindre répétition. La réussite ou le ratage du film dépendaient d'eux, et nous devions leur laisser une totale liberté d'aller où ils voulaient. »
> La patte de Chris Tellefsen.
« Le monteur Chris Tellefsen est entré à part entière dans l'aventure. Travaillant en collaboration avec Wayne et moi, il a donné aux matériaux que nous lui fournissions l'exubérance et la légèreté qui désormais caractérisent le film. Il n'y avait ni scénario à respecter, ni intrigue à suivre, aucune structure préétablie ne contribuait à simplifier les décisions. Tout était question d'instinct, il fallait sentir les qualités et les défauts du film original et exploiter les temps forts pour mettre au point la version définitive. Wayne et moi, nous avons passé des heures avec Chris dans la salle de montage à essayer des quantités d'idées différentes, en une incessante discussion triangulaire, et son énergie et sa patience étaient sans faille. A tous les sens du terme, il est , lui aussi , coauteur du film. »
> Brooklyn, of course.« Difficile à caractériser, ce film. Oui, il est comique. Oui, il est vulgaire, tapageur et saugrenu et ce serait une grosse erreur d'y voir autre chose qu'une joyeuse célébration de la vie quotidienne à Brooklyn. Et pourtant, malgré toute son absurdité, je crois que quelque chose, dans Brooklyn Boogie, en fait plus qu'un divertissement frivole. Une certaine verdeur, peut-être. Une certaine façon "d'encaisser" qui ne pourrait être mieux résumée que dans la réplique lancée par Giancarlo Esposito à Lily Tomlin : "C'est Brooklyn ici, on n'est pas des numéros!" Les gens fument comme des cheminées, se disputent, se bouffent le nez. Ils remontent leurs manches et gueulent, ils s'insultent, ils disent des trucs abominables. Dans presque chaque scène de Brooklyn Boogie, il y a un conflit. Les personnages sont agressifs, imbus de leurs opinions, acharnés dans la colère. Néanmoins, tout bien considéré, le film est vraiment amusant et on en retire une impression de profonde chaleur humaine. Ça signifie peut-être que, dans une certaine mesure, les conflits ont du bon. Que nous avons peut-être, à l'occasion, besoin d'un peu de répit vis-à-vis de tous les beaux principes qui nous disent comment on est censé parler à son prochain. Je n'affirme rien, mais la question me paraît valoir qu'on s'y arrête...
> Pas une suite, des retrouvailles...
Brooklyn Boogie n'est pas la suite de Smoke. Bien qu'on y retrouve des lieux et des personnages du premier film, le second s'envole dans une toute autre direction. Son esprit, c'est le comique ; son moteur, les mots ; son principe directeur, la spontanéité. Ainsi que l'a dit très justement Peter Newman, le producteur, la première fois qu'on lui en a parlé : « C'est une aventure où les internés s'emparent de l'asile. Le projet initial de Brooklyn Boogie était beaucoup plus simple que l'empoignade tourbillonnante qui a fini par en sortir. L'idée de départ consistait à revenir dans le débit de tabac qui figure au début et à la fin de Smoke afin d'esquisser un portrait de l'univers d'Auggie Wren. Des personnages secondaires du premier film deviendraient les personnages principaux du second. A part Auggie, un seul des protagonistes de Smoke interviendrait dans un petit rôle. »










elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées
Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.