Wayne Wang et Paul Auster : "Parce que nous sommes tous des conteurs..."
Introduction
"Smoke" est un film à plusieurs voix, qui se conclut par le conte de Noël écrit par Paul Auster en 1990 et qui inspira le scénario cinq ans plus tard. L'écrivain, le cinéaste mais aussi le chef-opérateur Adam Holender expliquent comment ils ont travaillé ensemble pour que les images racontent les mots auxquels chacun de nous prête une signification différente...
Article
Premier scénario du romancier new-yorkais Paul Auster, Smoke entremêle plusieurs récits qui composent un parcours sinueux à travers l'univers urbain, émaillé de réminiscences, d'énigmes, de correspondances secrètes, de pièges narratifs et d'effets de miroir. Le film, mis en scène par Wayne Wang (Le Club de la chance) a la densité d'un roman, le style dépouillé et objectif d'une tranche de vie débouchant sur une note d'émotion inattendue.
« Sa morale, dit Wayne Wang, tient toute entière dans la scène où Auggie montre à Paul les photos qu'il prend chaque matin, à la même heure, du même coin de rue banal. Des photos qu'un oeil non averti aurait du mal à distinguer, mais qui révèlent à l'observateur attentif une myriade de variations et de détails fascinants. Un monde ou, à tout le moins, une formidable histoire...» »
Œuvrant en étroite collaboration avec Adam Holender, le chef opérateur de Macadam Cow-Boy, Panique à Needle Park, Portrait d’une enfant déchue, Fresh, etc, le réalisateur a élaboré une «stratégie visuelle» précise :
« La première moitié du film, où les personnages font connaissance, est tournée en plans d'ensemble. Puis, à mesure que l'émotion monte, que les relations se nouent et se compliquent, la caméra se rapproche insensiblement des protagonistes et le montage est plus serré. A la fin, on aboutit à ce gros plan de la bouche d'Auggie racontant à Paul son histoire de Noël. C'est une façon simple, mais qui nous a semblé pertinente et originale, d'employer la grammaire du cinéma.
«On voit fréquemment Manhattan au cinéma, mais rarement Brooklyn, observe Paul Auster. Nous avons voulu faire un portrait fidèle de ce quartier, qui est aussi l'un des héros du film; le montrer sous ses aspects quotidiens, décrire les relations -sensiblement plus harmonieuses qu'on n'imagine- entre ses multiples composantes ethniques, religieuses et nationales.»
«On retrouve cette extrême diversité derrière la caméra, complète Wayne Wang, et Smoke est sans doute le premier film à réunir un metteur en scène chinois, un romancier juif et des acteurs noirs, blancs et hispaniques. Paul et moi souhaitions, dès le départ, faire un film pluriculturel. Non pour des raisons politiques, mais simplement pour lutter contre les stéréotypes.»
Smoke se conclut sur un conte de Noël, écrit en 1990 par Paul Auster, et qui fut le point de départ de son scénario. L'épisode met particulièrement en relief le talent de conteur d'Auggie Wren, mais tous les personnages du film sont, peu ou prou, des conteurs :
«Paul Benjamin gagne sa vie en racontant des histoires, Auggie est conteur par tempérament, et Rachid passe son temps à fabuler et à s'inventer de nouvelles identités explique Wang. Smoke est un film sur les mots et les multiples significations que leur prêtent les gens.»
Paul Auster ajoute : «La plupart des conversations qui émaillent ce film sont un écran de fumée, un écran qui obscurcit la vision, qui obscurcit la compréhension. Smoke est un film sur la façon dont les gens se parlent et s'écoutent, ou négligent de le faire».










elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées
Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.