Le Mandat {Mandabi}

Réalisation

Pitch

A Dakar, Ibrahim Dieng vit tranquillement et sans travail avec ses deux femmes et leurs sept enfants. Jusqu'à ce qu'il reçoive d'un neveu parti en France, un gros mandat. Tout le quartier est rapidement au courant et c'est le désordre total. Ses femmes achètent des provisions à crédit, chacun vient lui demander de l'argent. Il doit partager.. Seulement Dieng n'a pas de papiers d'identité pour toucher le mandat et chacun va alors chercher à l'abuser. Sur un sujet de nouvelle à la Maupassant, le cinéaste dépeint, en moraliste, une cruelle situation sociale avec causticité.

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  • : Couleur
  • : Long metrage
  • : Français

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  • Le Nouvel Observateur

    Le Nouvel Observateur

    "  Ousmane Sembene déborde d'humour. Un humour très méridional. L'amertume profonde, cachée sous le pittoresque du détail coloré (ce qui nous rapellerait le ton de Maupassant), est dissimulée, par surcroît, sous une malice chaleureuse, une complicité sensible qui nous invite, spectaters français, à évoquer Pagnol. D'autant que le comédien principal, Mamadou Gaye, chargé du rôle de l'oncle, campe un personnage haut en couleur avec l'autorité d'un Raimu tropical.

    Le Mandat nous apparaît d'abord comme un croquis de la vie populaire à Dakar, un tableau extrêmement vivant des us et coutumes de la population noire musulmane. L'acuité, la malice, la tendresse du regard que Sembene pose sur ses compatriotes lui permettent, dans le registre de l'observation, des bonheurs à l'italienne ou à la tchécoslovaque.

    Mais le sourire ne doit pas faire illusion (...) c'est très vite une dénonciation virulente de l'administration sénégalaise : d'une exploitation du peuple sénégalais qui n'est plus le fait de coloniaux blancs mais de Noirs "évolués", tous chargés de diplômes (...)

    Ousmane Sembene rit : c'est pour mieux mordre (...) Le Mandat devient l'Annonce faite aux Ouolofs (la principale tribu du Sénégal). Le conte a sa moralité , "c'est nous qui changerons ce pays". Comme une pièce de Brecht. Le film culmine en prophétie révolutionnaire : la décolonisation, c'était bien, bon, c'est fait, passons à l'ordre du jour, l'instauration du socialisme (...)

    Maupassant, Pagnol, néo-réalisme italien ou intimisme tchécoslovaque : autant de références commodes; elles me permettent d'aller vite (...) Sembène serait le premier à s'en moquer. Sénégalais, il a fait une oeuvre sénégalaise, et qui se réclame pour telle. Je n'en veux pour preuve que l'allure du récit, nonchalant, inquiet, d'aucune économie, bien au contraire, se complaisant dans ses méandres, heureux de filmer pour le plaisir de filmer, comme le "griot" d'Afrique est heureux de conter pour le plaisir de conter..."

    Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur
  • Ecran

    Ecran

    " ... Le Mandat (...) s'attache à décrire avec un réalisme tout à la fois comique et tragique, la  transformation structurelle de la société sénégalaise et la reconversion des mentalités. Mais la dynamique de cette évolution est sécrétée par les anciennes structures  sociales. Les bourgeois  d'aujourd hui ne sont-ils pas, pour une bonne part,  issus de la féodalité d'hier ? Et le malheur de Dieng ne vient-il pas de ce qu'il n'est pas inscrit dans un registre instauré pendant  le colonialisme ? Autour de Dieng, tout un monde avec ses valeurs, ses traditions, son réseau de   solidarité s'écroule et fait place à l'individualisme, à la débrouillardise, aux rapports marchands et bourgeois.

    Le Mandat fonctionne comme un spectacle traditionnel, pourtant, comme dans tous les autres films de Sembène, une dimension politique resurgit  à tout instant. D'une simple histoire, fort  banale, qui pourrait relever du fait-divers, l'auteur fait un réquisitoire lucide de la société sénégalaise, en la contestant dans ses aspects les plus quotidiens.  Et tout au long du récit, il ne cessera de nous suggérer une lecture politique des situations et des faits. La volonté de Sembène Ousmane de travailler au  développement  d'une  prise  de  conscience des  réalités  africaines ouvre des perspectives pour un bouleversement futur de l'ordre établi.

    La déclaration finale du facteur qui déclare tranquillement aux victimes du drame « nous changerons toutes ces choses », est éminemment significative à cet égard. Peut-être Ibrahima Dieng, une fois dépassée la réaction primaire et épidermique de la révolte individuelle cherchera-t-il à s'organiser pour combattre la société construite par les nantis et changer les conditions de son existence ?

    Par l'acuité du regard qu'il pose sur ses personnages, l'auteur nous permet de découvrir la vie populaire des Sénégalais dans toute sa vérité. D'aucuns, à ce propos, se sont rebiffés : ils n'ont  pas aimé, par exemple, les scènes où Ibrahima Dieng mange le riz avec ses mains, éructe et crache, rote et recrache... On aurait tort pourtant, me semble-t-il, de voir dans cet épisode je ne sais quelle volonté de faire du folklore ou de l'ethnographie : c'est au contraire l'affirmation  d'une identité que Sembène affiche alors délibérément. Cette affirmation d'identité devant elle-même, dans son esprit, déboucher sur une  prise de conscience qui ne saurait se faire sans l'existence d'une confiance en soi. Il s'agit que ses compatriotes qui vivent la condition décrite par lui jusque dans ses plus petits détails, se  reconnaissent, se  sentent en terrain connu tout en éprouvant un sentiment de valorisation de leurs us et coutumes, c'est-à-dire de leur culture.

    Le Mandat m'apparaît comme une tentative de prise de parole par les gens du peuple eux-mêmes. Si, peut-être, Sembène ne la leur donne pas complètement, cette  parole, du  moins  traduit-il avec beaucoup de fidélité les préoccupations qui sont les leurs et reprend-il à  son compte leurs revendications. Si je voulais comparer la démarche de Sembène avec celle de l'une des tendances du cinéma français politique, je dirais qu'elle se tient à égale distance du   cinéma strictement militant et du cinéma commercial engagé (type Costa-Gavras). J'y vois un   cinéma véritablement national et populaire dans le sens le plus  profond de ces deux termes.

    On objectera que le film en reste, politiquement, au stade du réalisme critique : sans doute, mais l'on peut espérer qu'après avoir compris la mécanique de l'Etat bourgeois, Ibrahima Dieng se convaincra de la nécessité pour tous les opprimés de s'unir pour partir à l'assaut du pouvoir.

    Ce jour-là, les cinéastes africains devront songer à un cinéma qui inscrive plus directement dans une perspective politique les luttes sociales qu'ils ne font pour le moment que décrire. Je suis convaincu que Sembène sera l'un des pionniers, cette fois encore, de ce cinéma ouvertement militant."

    Mohand Ben Salama, n°43, Janvier 1976, Ecran

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  • 29/11/13 | mafaldo
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A propos de

  • Ousmane Sembène

    Ecrivain, bourlingueur et militant avant de s’emparer de la caméra, le Sénégalais Ousmane Sembene considérait le cinéma comme un outil d’éveil et de...

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Le Mandat

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  • musimusa au sujet de : Juke Box

      8/10

    Fin et si juste, merci beaucoup beaucoup; la "machine" si soigneusement construite manque de souplesse et en écrase plus d'un(e)