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Kim Ki-duk : "Un homme piégé entre la Corée du Nord et du Sud"

VIDEO | 2017, 5'| Avec Entre deux rives, Kim Ki-duk évoque la frontière politique de son pays en suivant le trajet d'un pêcheur, pris symboliquement dans les "filets" de la Corée du Nord et celle du Sud.

C'est la première fois que vous abordez frontalement un sujet politique. Qu'est-ce qui vous a incité à réaliser ce film ?

Cela fait plus de 60 ans que la Corée du Nord et la Corée du Sud sont en guerre sans parvenir à se réconcilier et à se réunifier. Nous sommes dans une situation vraiment déplorable. Cette situation m'a poussé à montrer les raisons de ces difficultés à travers le film Entre deux rives : chacune rejette la faute sur l'autre, envie, suspecte l'autre et éprouve à son égard un sentiment de jalousie.

Le conflit nucléaire actuel rend cette situation encore plus extrême. En outre, placé au coeur des intérêts conflictuels des puissances américaines, chinoises, japonaises et russes, l'avenir de la péninsule coréenne demeure incertain. Il est sacrifié au profit des intérêts militaires de grandes puissances extérieures. Je voudrais que le film encourage les deux Corées, en tant qu'acteurs indépendants, à régler leurs différends. Je souhaite profondément qu'elles puissent tourner la page, se comprendre mutuellement et se pardonner pour enfin être unies et réunifiées.

Que signifie le titre original “Geumul” et pourquoi l'avez-vous choisi ?

Le mot Geumul en coréen (à prononcer Guemoul) désigne le filet de pêche et dans le film, il représente l'État. Je voulais mettre en relief, la réalité tragique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud à travers l'histoire d'un homme ordinaire, piégé dans le filet, symbolisant donc l'État au nom des idéologies des deux côtés.

Contrairement à l'ampleur du sujet abordé, le personnage principal est plutôt un homme ordinaire. Pourquoi ce choix ?

La chose la plus précieuse pour un être humain est lui-même, c'est-à-dire l'individualité qui le définit par essence, et ensuite la famille. Je voulais montrer à quel point l'État, formé lui-même par les groupes d'individus et des familles, sacrifiait l'individu au nom de l'État. Je considère que dans la relation entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, l'État fait subir de la violence à l'individu alors qu'il devrait, au contraire, être le garant de la liberté et de la paix.

Aviez-vous déjà en tête l'acteur Ryoo Seung-bum -qui joue le pêcheur - lorsque vous écriviez le scénario ?

J'ai toujours pensé que Ryoo Seung-bum était un bon acteur et quand il a manifesté son désir de jouer dans mes films, nous nous sommes aussitôt mis à travailler ensemble.

Avez-vous, vous même ou Ryoo Seung-bum, rencontré des réfugiés Nord-Coréens pour la préparation du film ?

Avant de réaliser le film, j'avais déjà rencontré quelques réfugiés Nord-Coréens. Cependant le pêcheur dans le film et les réfugiés sont dans des cas de figure différents. Mon personnage ne décide pas de venir en Corée du Sud, de son plein gré, c'est au contraire une panne de canot qui le conduit accidentellement sur ce territoire. D'ailleurs il souhaite profondément rentrer chez lui. C'est un personnage qui en sortira totalement blessé par les deux pays. L'image de la police ou du service de renseignement des deux Corées est presque similaire dans le film.

Quelle est la part de réalité présente dans le film Entre deux rives ?

La façon dont la police et le service de renseignement des deux Corées sont représentés dans le film restent, pour moi, fidèles à la réalité. Après la démarcation du pays, on a pu assister à de nombreux cas où de simples citoyens se sont vus accuser d'espions et chacune des parties s'en est servi pour mettre en avant ses propres intérêts politiques. Cette situation est vraiment déplorable.

Depuis le film Pieta en 2013, aucun de vos films n'est sorti en France, pays où vous avez vécu dans votre jeunesse. Avez-vous toujours un lien spécial avec la France et si oui, pourquoi ?

La France est le pays où j'ai étudié la peinture et où j'ai découvert le cinéma. C'est mon séjour en France qui m'a donné tout le courage d'être scénariste et réalisateur. C'est ce qui a créé le Kim Ki-duk d'aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle j'en suis toujours reconnaissant.

Comment le film Entre deux rives a-t-il été accueilli par le public et les médias lors de sa diffusion en Corée du Sud ?

De nombreuses personnes ont compati à cette douleur accablante provoquée par la situation des deux Corées, cependant certains ne reconnaissaient pas les faits relatés par le film et ont même porté un regard suspicieux sur mes convictions idéologiques. Pour moi, le film Entre deux rives reflète tout à fait la triste réalité de notre péninsule.

Pensez-vous que, dans le futur proche, la réunification des deux Corées soit possible ?

Un nouveau gouvernement démocratique va voir le jour dès le mois de mai prochain et les coopérations économiques entre ces deux Corées vont reprendre et je crois en la possibilité d'une réunification pacifique.

Je crois notamment au projet que l'ex-président Roh Moo-hyun avait mis en place, “la zone spéciale économique de Haeju” et je souhaite le voir aboutir. Ainsi l'économie de la Corée du Nord s'améliorera et je suis convaincu que, par la suite, les relations sino-coréennes seront également rétablies.