Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

La classe ouvrière irlandaise monte au paradis

Histoire crue et génialement ordinaire d'une famille prolo dans une banlieue de Dublin. The Van clôt ainsi "La Trilogie de Barrytown" écrite entre 1987 et 1990 par Roddy Doyle et adapteé au cinéma par Alan Parker ("The Commitments) et Stephen Frears (The Snapper et The Van).

Barrytown est un des quartiers Nord de Dublin. On dit "quartier nord" comme on dirait "cité", une terminologie qui désigne les zones ouvrières à l'extérieur des villes où la population tente d'échapper à sa fatalité : l'exclusion. D'autant que au moment où l'histoire de The Van y prend place, nous sommes en 1989 et que le Tigre celtique n'a pas encore rugit. Le Tigre celtique ! Une belle expression qui raconte à elle seule ces années bénies où une croissance économique phénoménale liée à l'installation en Irlande des grandes entreprises de la new tech (Apple, Dell et consorts) a fait passer de l'Irlande d'un pays d'émigration à un pays d'immigration.

Barrytown est un quartier nord célèbre. Mais Barrytown n'existe pas. Il n'est que la transposition fictionnelle de tous les quartiers nord d'Irlande, et peut-être du monde, par un écrivain irlandais à succès, Roddy Doyle. Né à Dublin en 1958, il a longtemps enseigné la géographie et l’anglais dans une école de Kilbarrack, un quartier nord de Dublin qui ressemble fichtrement à Barrytown. C'est là qu'il a écrit son premier roman, The Commitments, Jimmy Rabitte et ses copains décident de former un groupe de musique soul façon James Brown. Le roman est le premier d'un triptyque : "la Trilogie de Barrytown". The Commitments (1987) est suivi de The Snapper (1990 – la soeur de Jimmy tombe enceinte et décide de garder l'enfant) et The Van (1991 –Le père de Jimmy est licencié et achète une camionnette pour vendre des frites). Cette trilogie va rencontrer un formidable succès populaire en Irlande et sera adaptée au cinéma par Alan Parker (The Commitments, 1991) et Stephen Frears (The Snapper, 1993 ; The Van, 1996).

Au centre de la trilogie, la famille Rabbite... Et le style de Roddy Doyle : humour acéré, regard cru et dents qui grincent pour raconter ce monde qui est le sien : celui des ouvriers. La misère n'est jamais loin, l'espoir non plus. Les éxégètes verront chez Doyle un héritier du style "joco-sérious" de James Joyce, et certains expliqueront qu'il invente là une version irlandaise de la négritude. Mais ce qui fit sans doute le succès de Roddy Doyle, c'est le recours à une langue orale crue et populaire, opérant comme une sorte de jonction entre la tradition irlandaise orale et les nouvelles classes laborieuses de villes en plein essor et en questionnement face à la modernité. A elle seule, l'image du cheval à qui l'on fait prendre l'ascenseur dans The Commitments d'Alan Parker est un bon résumé.

En 1993 Roddy Doyle recevra le Booker Prize pour Paddy Clarke Ha Ha Ha, l'histoire d'un gosse de 10 ans dans les rues de Dublin. En 1996, il écrit La femme qui se cognait dans les portes, l’histoire de Paula Spencer, femme battue qui défend malgré tout son mari. Et en 1999, il entame une nouvelle trilogie historique en publiant La légende d’Henry Smart, saga de l’indépendance irlandaise à travers la biographie d’un jeune homme embarqué dans l’insurrection de Pâques en 1916. La trilogie se poursuit avec Oh, Play that thing ! (2004), dans lequel Henry Smart se confronte au rêve américain. Les fans attendent avec impatience le troisième volet...