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Pedro Aguilera : Des mouvements imperceptibles...

Observer les infimes mutations de la vie... Le réalisateur expose son envie de filmer le quotidien dans son premier long-métrage, La Influencia, où des enfants, sous influence de leur mère malade, doivent trouver leur propre chemin pour survivre...

Comment est née l'idée du film ?

J'ai toujours été intéressé par l'idée de changement. La mort est un changement palpable subi par l'homme, tout comme la naissance. Il s'agit de voir la désintégration des choses non comme quelque chose de nécessairement négatif mais comme quelque chose de naturel. La vie est un voyage au cours duquel s'opèrent des transformations, un moment transitoire entre deux états spirituels. Cette image m'est venue à l'esprit et j'ai voulu la transposer en une métaphore très concrète, dans une famille. Quelque chose de très simple. Une personne est confrontée aux problèmes de la vie quotidienne qui vont la fragiliser et la démoraliser jusqu'à la dépression. Je cherchais à souligner la contradiction entre cette image agressive et ma façon de la filmer naturelle et sobre. Sans jugement, sans froideur, mais avec compréhension.

Comment s'est passé le choix du lieu ?

La nature de l'histoire, dont l'aspect documentaire est important, et les limites économiques de la production nous ont fait prendre conscience, dès le début, de la nécessité de tourner dans des lieux réels, lieux dont il ne faudrait pas modifier la nature afin de conserver leur caractère. Comme le sujet de l'histoire traitait d'une histoire ordinaire, il était facile de trouver un lieu réunissant tous les éléments nécessaires : le village de Arganda del Rey dans la province de Madrid. Dès le début, il était clair que la production devrait s'adapter aux lieux et pas le contraire: Il en fut de même pour le tournage.

D'une certaine façon, Arganda del Rey a orienté la forme et le contenu du film. Le contexte local a eu une influence majeure sur le thème original du scénario. De nouveaux dialogues et des scènes imprévues sont venus enrichir le film.

De quelle influence veut parler le titre du film ?

L'histoire reflète l'influence du contexte. Dans le cas présent, l'influence d'une mère malade sur la vie de ses enfants. Et sur le fait qu'ils ont le choix. À la fin du film, ils choisissent de voir les choses de façon positive, simplement pour survivre. Une sorte de sagesse inconsciente leur montre le chemin à suivre. Mais dans ce cas le bon chemin c'est l'oubli d'une partie d'eux-mêmes, de leur mère.

Comment s'est déroulé le casting ?

Je souhaitais travailler avec des acteurs non professionnels, je ne voulais pas d'interprètes. Je voulais que ces personnes arrivent à transmettre l'essence des personnages, sans avoir besoin de construire leur rôle de façon consciente. Je connaissais depuis longtemps Paloma Morales, l'actrice principale. J'ai écrit le scénario en pensant à elle et à ses enfants. Les deux protagonistes Romeo et Jimena sont ses enfants dans la vie réelle.

Dès le départ, je savais qu'il me fallait la famille au complet pour obtenir ce naturel et cette complicité. Au début Paloma ne voulait ni être la protagoniste du film, ni faire jouer ses enfants. Elle n'est pas actrice et elle savait que ce rôle difficile mettait en évidence les faiblesses et les souffrances d'un individu. Le personnage l'obligeait à être en permanence dans un état de chagrin et de vulnérabilité. Pendant tout le projet, Paloma n'a jamais vraiment su de quoi traitait l'histoire, ni quelle était sa signification. Cela a été très utile pour incarner un personnage perdu, confus, plein de frustration et de contradictions en permanence.

Cela a-t-il donné lieu à de l'im­provisation ?

Comme ce ne sont pas des acteurs professionnels, nous devions prendre en compte les erreurs d'interprétation, de diction et de formulation. Cela ne nous gênait pas vraiment car nous ne cherchions ni la construction consciente d'un personnage, ni la pureté de la spontanéité. Le résultat n'est pas parfait, mais tous ceux qui ont participé au tournage se sont enrichis. Bien que la majeure partie des séquences ait été écrite, la moitié des dialogues est improvisée.

Cette façon de travailler a donné son style au film. La caméra devait se faire discrète pour les acteurs non professionnels. Sou­vent, nous les avons laissés seuls avec la caméra tandis que l'équipe allait dans une autre pièce avec un retour vidéo. Une télécommande nous permettait de faire démarrer la caméra quand des scènes nous intéressaient. On pouvait ainsi les saisir sans avoir au préalable conditionné ou limité le jeu des acteurs. Parfois nous tournions beaucoup pour ne garder que quelques secondes. Mais cela permettait de faire sortir des choses naturelles.

Avez-vous cherché à user de sobriété formelle par rapport à la dégradation du personnage ?

La réalisation devait être très sobre. J'avais conscience qu'il fallait peu de mouvements de caméra. Il fallait s'en tenir à une caméra fixe et tenter de donner du sens à une séquence avec des mouvements imperceptibles. Il y a d'ailleurs beaucoup de plans séquences dans le film. Le film évoque le passage du temps et la subtile transformation des choses. Les changements infimes m'intéressent autant que les changements plus visi­bles. En laissant la caméra fixe un long moment on peut s'arrêter sur de petits détails. On a conçu la mise en scène comme pour filmer un paysage ou une nature morte.

Quelles ont été tes influences ?

Au fil du temps, mes goûts ont évolué. Enfant, le monde de l'art me fascinait et certains peintres ont eu une grande influence sur moi. D'une certaine façon, je crois que je cherchais à faire un film religieux. Pour faire ce film, j'ai vu beaucoup de peintures religieuses, la Vie de Jésus, le Chemin de Croix, la Descente de la Croix ou l'Annonciation. Giovanni Bellini et Hans Holbein m'ont beaucoup inspiré.

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